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Syrie: les combats s'intensifient à Damas, Pékin et Moscou opposent leur veto

19/07/2012 01:00 EDT | Actualisé 18/09/2012 05:12 EDT

BEYROUTH - Le président syrien Bachar el-Assad a fait sa première apparition publique jeudi depuis l'attentat à la bombe qui a tué trois membres de son cercle rapproché la veille, tandis que les troupes gouvernementales ont lancé un assaut de grande envergure pour déloger les rebelles de la capitale.

Selon des militants de l'opposition, l'armée a eu recours à des obus, des chars et des hélicoptères de combat pour attaquer les positions rebelles à travers Damas et dans ses banlieues. Mais l'incapacité des militaires à prendre le dessus sur les rebelles et l'attentat de mercredi dans le bâtiment de la Sécurité nationale laissent penser que l'emprise de Bachar el-Assad sur le pouvoir s'amenuise.

D'après des vidéos tournées par des opposants, des rebelles ont pris le contrôle du poste frontalier de Bab al-Hawa, qui mène vers la Turquie. Les rebelles ont piétiné les portraits de Bachar el-Assad et de son père, Hafez.

Un responsable militaire irakien a par ailleurs annoncé que des rebelles avaient tué 21 gardes frontaliers syriens lors d'affrontements près de la frontière entre la Syrie et l'Irak. Selon le brigadier-général Qassim al-Dulaimi, les rebelles ont aussi pris le contrôle d'un autre poste de contrôle plus au sud, près de la ville irakienne de Qaim.

Les forces irakiennes ont été mises en état d'alerte élevée et des troupes supplémentaires ont été déployées à la frontière pour empêcher que le conflit syrien déborde en Irak, a-t-il précisé.

Le lieu où se trouvent le président syrien, sa femme et leurs trois jeunes enfants reste un mystère depuis l'attaque de mercredi qui a tué trois hauts responsables du régime, dont le beau-frère de Bachar el-Assad et le ministre de la Défense. Le président syrien apparaît rarement en public, mais son absence a été remarquée après ce coup porté à son cercle rapproché.

Dans un bref reportage diffusé par la télévision syrienne, on voit Bachar el-Assad en complet et cravate lors de la cérémonie d'investiture du nouveau ministre de la Défense. Les images semblaient destinées à montrer que le président est toujours vivant et bien portant. La chaîne a affirmé qu'il avait souhaité bonne chance au ministre, mais n'a pas précisé où la cérémonie s'est déroulée.

Des milliers de Syriens ont pris la route du Liban jeudi, au cinquième jour des affrontements dans la capitale, selon des témoins. Des citoyens vivant près du poste frontalier de Masnaa, à près de 40 kilomètres de Damas, ont vu affluer des centaines de voitures privées, de taxis et d'autobus qui transportaient des gens de l'autre côté de la frontière.

Le chef de la Mission de supervision des Nations unies en Syrie (MISNUS), le général norvégien Robert Mood, a exprimé son pessimisme devant l'aggravation des violences. «Cela me chagrine de le dire, mais nous ne prenons pas le chemin de la paix en Syrie», a-t-il déclaré à Damas.

Quelques heures plus tard, la Russie et la Chine ont opposé leur veto à une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU au sujet de la Syrie.

La résolution prévoyait d'imposer des sanctions non militaires au régime de Bachar el-Assad si son gouvernement ne retirait pas ses troupes et ses armes lourdes des zones résidentielles d'ici 10 jours. La résolution s'inscrivait dans le cadre du chapitre 7 de la Charte des Nations unies, qui aurait permis un éventuel usage de la force pour mettre fin au conflit.

Mais Pékin et Moscou, membres permanents du Conseil de sécurité disposant d'un droit de veto, s'opposent à tout emploi de la force contre leur allié syrien.

La Maison-Blanche a estimé que la Russie et la Chine s'étaient mises «du mauvais côté de l'histoire» en bloquant la résolution.

Ce vote «aura des répercussion pour les pays qui opposent leur veto depuis longtemps, sur la façon dont ils sont perçus par le peuple syrien», a déclaré le porte-parole de la Maison-Blanche, Jay Carney. «Parce qu'il n'y a aucun doute que l'avenir de la Syrie ne comprend pas Bachar el-Assad», a-t-il affirmé.

Le vote à 11 contre 2, avec deux abstentions, laisse en suspens la mission des 300 observateurs de l'ONU, dont le mandat expire vendredi.

À Damas, les forces gouvernementales ont attaqué les positions des rebelles dans plusieurs quartiers jeudi, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme.

L'organisation a rapporté de violents combats dans le sud de la ville, dans le quartier de Qaboun (nord-est) et dans plusieurs quartier de l'ouest de la capitale.

Des tirs d'armes à feu et d'obus ont été entendus à travers la ville, où les rues les plus touchées par les violences étaient totalement vides, à l'exception des soldats et des rebelles.

«Il y a une guerre qui se déroule ici, une véritable guerre», a déclaré une jeune femme de 25 ans dans le quartier Muhajereen. Elle a raconté que le bruit des tirs l'avait gardée éveillée toute la nuit et qu'elle ne voulait plus sortir de chez elles de crainte d'être atteinte par une balle perdue.

«Ça me rappelle cette nuit où les Américains ont bombardé Bagdad, il y a neuf ans», a-t-elle dit. «Je l'avais regardé à la télévision, mais aujourd'hui, je me retrouve dans une situation similaire.»

Selon l'Observatoire, au moins 26 rebelles et civils ont été tués à Damas et ses banlieues jeudi. Au total, au moins 100 personnes ont succombé aux violences à travers le pays au cours de la journée, dont au moins 47 soldats gouvernementaux.

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