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Syrie: frappe aérienne à l'aube sur une ville de la "frontière alaouite"

19/07/2012 04:49 EDT | Actualisé 17/09/2012 05:12 EDT

La petite ville de Haouach, au centre de la Syrie, sortait tout juste du sommeil mercredi lorsque deux hélicoptères gouvernementaux ont lâché bombes, roquettes et rafales de mitrailleuses lourdes au hasard, faisant plusieurs victimes.

Avec ses rues sans bitume et ses misérables maisons de parpaings gris, Haouach ressemble à une ville ordinaire de l'agglomération rurale syrienne.

Sa particularité: elle se trouve sur ce que ses 7.000 habitants appellent la "frontière alaouite", dans une grande plaine agricole de la province de Hama (centre).

D'un côté s'étendent villes et villages sunnites, favorables aux rebelles, et de l'autre, vers l'ouest, leurs compatriotes de confession alaouite, celle du président Bachar Al-Assad, minoritaire dans le pays (10% de la population).

Depuis deux semaines, le régime bombarde nuit et jour les villages sunnites de cette "frontière" par intermittence, à la roquette, à la bombe lourde de 500 kg et à la bombe à sous-munitions, a constaté un journaliste de l'AFP.

Selon les habitants et des commandants rebelles locaux, le but est de les faire fuir vers des agglomérations sunnites plus éloignées, où le régime pourra ensuite utiliser des armes plus puissantes pour les massacrer sans risquer de frapper des alaouites. L'affirmation est impossible à vérifier.

Mais le sang coule tous les jours désormais dans la région, comme mercredi vers 07H00 (04H00 GMT) à Haouach. Deux hélicoptères Mi-25 de conception russe ont lâché sur la ville plusieurs roquettes, au moins une bombe de 500 kg et des rafales de mitrailleuse lourde, selon un journaliste de l'AFP sur place.

Dans une rue balayée de poussière, plusieurs maisons ont la façade éventrée. Une dizaine au total sont détruites, inhabitables, quatre se sont effondrées. Dans des dizaines d'autres, les murs sont fissurés et les portes et fenêtres ont été soufflées par l'explosion de la bombe d'une demi-tonne.

Dans l'une d'elle, des taches de sang au milieu des parpaings pulvérisés et des meubles brisés: "une jeune femme de 22 ans a été tuée" ici par une roquette, explique un responsable local requérant l'anonymat par mesure de sécurité.

La fillette de 18 mois de la défunte, une main bandée, le corps couvert d'égratignures, hurle de douleur dans les bras d'un proche. Le père et deux de ses fils sont déjà à l'hôpital, grièvement blessés.

Selon le responsable, l'attaque a fait un mort (la jeune femme), et au moins 21 blessés (un homme, huit femmes et 12 enfants), dont quatre dans un état critique.

Aux funérailles de la jeune femme, dans un petit cimetière battu par un vent brûlant au bord de la seule route goudronnée de Haouach, la foule hurle de colère: "Bachar, on va te tuer!".

"Depuis 10 jours, il y a des bombardements tous les jours", explique un habitant, ce que confirment les hommes furieux qui l'entourent, "mais c'était toujours autour de Haouach. C'est la première fois qu'ils bombardent le centre de la ville".

Dans une rue voisine, une vieille femme vêtue de noir, la soixantaine, se lamente devant son habitation au bord de l'effondrement: "Je vis seule ici, je n'ai pas d'enfants pour m'aider! Je ne pardonnerai jamais à Assad! Je veux qu'il parte! Je veux qu'il parte!".

Les habitants s'interrogent sur cette violence: "nous ne sommes pas des combattants. On manifeste souvent contre le régime, mais on ne l'attaque pas. Pourquoi?", demande un octogénaire en abaya (longue tunique traditionnelle) blanche, encore sous le choc, tremblant mais déterminé.

La foule le jure: "On n'a pas peur! On défiera la mort, jusqu'au bout!"

L'armée syrienne semble les avoir pris au mot: vers midi, Haouach est de nouveau bombardée à la roquette et ciblée par des tirs de mitrailleuse lourde. Sans faire de victime cette fois, mais la population décide alors de prendre la fuite.

Jeudi matin, selon un commandant rebelle, la ville était totalement vidée de ses habitants, après trois heures de pilonnage d'artillerie dans la nuit.

mba/sw

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