NOUVELLES

Nord-Mali: trois Européens relâchés contre la libération de trois islamistes

19/07/2012 11:18 EDT | Actualisé 18/09/2012 05:12 EDT

Les trois otages européens relâchés mercredi dans le nord du Mali, parmi lesquels un Espagnol a été blessé, sont repartis pour leurs pays jeudi depuis Ouagadougou, après un accord sur la libération de trois islamistes, deux détenus en Mauritanie et un au Niger.

Au lendemain de l'annonce de leur libération par le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), le groupe qui les retenait et allié d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), les trois otages - deux Espagnols, dont une femme, et une Italienne - sont arrivés à Ouagadougou à bord d'un avion militaire burkinabè.

"Merci beaucoup au Burkina Faso pour notre libération", a lancé devant la presse, en français, l'ex-otage italienne Rossella Urru.

Peu après, les trois ex-otages enlevés en octobre 2011 en Algérie, visiblement fatigués mais soulagés, ont embarqué avec des membres des services de renseignements de leurs pays dans deux avions, qui ont décollé avant 14H00 (locales et GMT) pour les ramener chez eux.

Des émissaires du Burkina, pays souvent impliqué dans les libérations d'otages dans la région ces dernières années, étaient allés récupérer les ex-otages mercredi près de la grande ville de Gao, fief du Mujao dans le Nord malien, désormais entièrement contrôlé par les islamistes armés.

En raison d'une météo mauvaise et de la lenteur à regrouper un trio séparé - les deux femmes sur un site, l'homme sur un autre -, l'opération n'a pu se conclure que jeudi.

L'ex-otage espagnol "est blessé, il y a un moudjahidine (combattant) qui a tiré sur lui de façon délibérée, il boitille un peu mais ça va", a relevé un membre de la médiation burkinabè.

Les Européens ont pu être relâchés en échange de la libération de trois détenus islamistes. "Il y a eu une contrepartie, ça a été libérations contre libérations", a indiqué le membre de la médiation.

"Nous avons amené hier (mercredi) là-bas (près de Gao) un Sahraoui" qui était détenu en Mauritanie, et "un deuxième islamiste a été libéré hier en Mauritanie", a-t-il poursuivi. "Un troisième doit être libéré au Niger", a-t-il ajouté, assurant n'avoir aucune information sur une éventuelle rançon.

Mohamed Ould Hicham, un dirigeant du Mujao, avait affirmé mercredi que ces libérations avaient été accordées en échange de celles de trois prisonniers islamistes "dans un pays musulman" et du paiement d'une rançon.

Selon une agence mauritanienne en ligne généralement très bien informée sur les groupes islamistes du Sahel, l'Agence Nouakchott Information (ANI), qui identifie le Sahraoui comme Memine Ould Oufkir, une rançon de deux à trois millions d'euros a été versée.

Début mai, le Mujao avait réclamé 30 millions d'euros en échange de la libération de deux des trois coopérants européens - les deux femmes - et l'élargissement de prisonniers détenus en Mauritanie.

Un autre site mauritanien d'informations en ligne, Alakhbar, affirmait mercredi que Memine Ould Oufkir faisait partie d'un groupe d'hommes arrêtés en Mauritanie quelques jours après le rapt des Européens auquel ils sont soupçonnés d'avoir participé.

Les deux Espagnols, Enric Gonyalons et Ainhoa Fernández Rincón, ainsi que Rossella Urru avaient été enlevés le 23 octobre 2011 près de Tindouf (ouest de l'Algérie), région qui est le fief des indépendantistes sahraouis du Front Polisario, soutenus par Alger.

Le Polisario, qui dans un premier temps avait accusé Aqmi, a exprimé sa "grande joie" après la libération des trois otages européens et assuré avoir "déployé de grands efforts" dans ce but.

Le Mujao et un autre mouvement islamiste armé, Ansar Dine (Défenseurs de la religion), alliés d'Aqmi, occupent totalement le nord du Mali, après la déroute de l'armée malienne fin mars.

Après les libérations de mercredi, treize otages, dont six Français, restent retenus par des islamistes au Sahel.

Le Mujao avait annoncé le 12 juillet avoir relâché trois des sept otages algériens enlevés le 5 avril au consulat d'Algérie de Gao, ce qu'a confirmé Alger. Pour libérer les sept Algériens, le Mujao avait exigé "la libération de (ses) frères prisonniers en Algérie, plus une rançon de 15 millions d'euros".

bur-tmo/sba

PLUS:afp