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Les prix s'envolent mais les indigents toujours absents de la contestation

19/07/2012 08:51 EDT | Actualisé 18/09/2012 05:12 EDT

Les millions de pauvres que compte le Soudan se tiennent pour l'heure à l'écart des manifestations anti-régime rappelant celles du Printemps arabe tandis que les mesures d'austérité du gouvernement sont sans effet sur la flambée des prix.

"Jusqu'à présent le mouvement a rassemblé des étudiants et des militants", note un militant historique, selon qui il faudra du temps avant que les "opprimés" pauvres ne se soulèvent.

Le Soudan, avec 30 millions d'habitants, compte 46,5% de pauvres selon les Nations unies.

L'histoire du Soudan montre qu'"habituellement les pauvres rejoignent tardivement" les mouvements de contestation, après les classes actives, souligne Mohamed Eljack Ahmed, économiste à l'Université de Khartoum.

Toutefois, souligne-t-il, plus d'un mois après les premières manifestations entamées sur le campus de Khartoum, les actifs n'ont pas rejoint le mouvement, à l'exception des avocats.

Des dizaines de milliers d'étudiants, d'ingénieurs, d'avocats et de syndicalistes étaient parvenus à renverser les régimes militaires au Soudan en 1964 et en 1985, bien avant l'émergence du Printemps arabe lancé en décembre 2010.

L'inflation a atteint 37% en juin par rapport à l'année précédente et a bondi de 10% en mai mais les manifestations, suscitées par la hausse des prix des produits alimentaires, ont principalement mobilisé les jeunes.

Dans son dernier rapport sur le Soudan, la Banque mondiale a qualifié d'"alarmant" les 28,6% d'inflation annuelle atteints en avril et largement dépassés depuis.

La livre soudanaise a chuté sur le marché noir de quatre livres contre un dollar en septembre à près de six aujourd'hui et pourrait tomber à plus de dix contre un dollar si l'inflation n'est pas contenue.

La livre subit de lourdes pressions depuis la sécession du Soudan du Sud en juillet 2011, parti avec 75% de la production de pétrole soudanais qui se chiffre en milliards de dollars et représentait la première source de devise pour le Soudan.

La perte des revenus pétroliers a conduit à de "graves déficits intérieur et extérieur, une inflation et des difficultés économiques", selon la Banque mondiale.

Pour faire face à ces pertes, le Soudan a annoncé en juin de nouvelles mesures pour permettre d'économiser 1,5 milliards de dollars, selon le ministre des Finances Ali Mahmoud al-Rassoul.

Le gouvernement a annoncé notamment que les taxes sur les profits bancaires ainsi que la TVA allaient augmenter, le prix du pétrole à la pompe a également grimpé de 50%, après l'annonce d'une suppression progressive des subventions sur les carburants fixé à 2,2 milliards de livres cette année.

Malgré les coupes dans les subventions, il y a eu une hausse des dépenses de sécurité sociale, explique Paul Jenkins, délégué du Fond monétaire international (FMI) au Soudan. Côté recettes, les mesures prises par le gouvernement sont "assez solides", estime-t-il.

Mais plus que le soutien de l'Etat ou des aides sociales, "ce sont notamment des mécanismes traditionnels et familiaux qui allègent en grande partie les difficultés et les souffrances des pauvres", note M. Ahmed.

"Nous ne sommes pas comme les autres (...) Nous pouvons tout partager avec tout le monde", assure aussi Rabbie Abdelatti Ebaid, un des dirigeants du Parti du congrès national au pouvoir, affirmant que les Soudanais ont survécu à des crises économiques plus graves ces dernières années.

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