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19/07/2012 07:12 EDT | Actualisé 18/09/2012 05:12 EDT

Les JO de Londres, une vraie course d'obstacles pour les athlètes somaliens

Pour pallier des conditions d'entraînement misérables, les athlètes somaliens qui représenteront aux JO de Londres leur pays plongé dans le chaos depuis 20 ans se sont forgés une détermination capable de vaincre des défis que peu de leurs concurrents imaginent.

"La détermination, la chance et l'espoir nous porteront vers la victoire", veut croire Zamzam Mohamud Farah. Avec trois camarades d'entraînement -- deux hommes, une femme --, la jeune femme de 18 ans court sur une piste de sable, ceinturée de tribunes grêlées d'impact de balles et de murs en partie effondrés.

Deux de ces quatre athlètes -- dont Farah, déjà désignée pour le 400 mètres et le 800 mètres -- seront choisis pour porter les couleurs de la Somalie à Londres. Le pays a, comme les autres, droit d'office d'envoyer un homme et une femme aux épreuves d'athlétisme.

Emmener le drapeau de la Somalie, pays sans réel gouvernement depuis 1991, ravagé par la pauvreté et la guerre, pourrait déjà être une victoire, mais l'entraîneur de l'équipe, Ahmed Ali Abikar, qui lui-même a couru sous les couleurs somaliennes, ne s'en contente pas.

"Nous sommes motivés, notre esprit d'équipe va nous porter," explique-t-il; ces athlètes "ont connu la guerre l'essentiel de leur vie (...) mais ils ont un talent fantastique".

"Nous pouvons montrer au monde que le sport est toujours vivant en Somalie", ajoute-t-il.

Le stade délabré de Mogadiscio n'a que peu de rapports avec les installations dont bénéficient les stars d'autres nations. Sur les tee-shirts des coureurs somaliens, les anneaux olympiques ont été peints à la main. Des gâteaux traditionnels, bourrés de sucre, remplacent les barres énergétiques.

"Nous souffrons de privations, de la guerre incessante, du manque d'argent et sommes handicapés par de piètres installations", explique Abikar, dans l'école primaire abandonnée devenue la base de vie d'une équipe nationale qui ne bénéficie même pas de médecin.

"La situation sécuritaire a entravé nos efforts et les moyens dont nous avons disposés pour préparer les athlètes sont indescriptibles", souligne Kadijo Adan Dahir, vice-présidente de la Fédération somalienne d'athlétisme, "mais je peux vous assurer que ces athlètes sont forts mentalement".

"Je suis très heureux et plus confiant que jamais", confirme Mohamed Hassan Mohamed, 22 ans, revenu d'exil au Yémen.

"Je veux rappeler à mes compatriotes et au monde la grande Somalie et le champion du monde Abdi Bile Abdi", couronné sur 1.500 mètres en 1987, ajoute l'athlète. Lui-même a terminé 4e de la discipline lors des jeux panarabes au Qatar en 2011.

Les quatre athlètes, âgés de 18 à 20 ans, ont passé les six derniers mois dans un camp d'entraînement improvisé.

Les menaces des insurgés islamistes shebab ont souvent contraint les femmes à s'entraîner à l'intérieur. "Les shebab n'ont cessé de me harceler, ils voulaient m'empêcher d'accomplir mes rêves", dit Farah.

Chassés en août 2011 de la capitale, les islamistes y ont depuis perpétré plusieurs attentats - dont l'un a tué en avril le président du Comité olympique somalien Aden Yabarow - et restent craints par la population.

Les deux femmes s'entraînent en pantalon de survêtement, tee-shirts à manches courtes et simple foulard, dans un pays où les femmes portent traditionnellement des robes amples et très colorées, qui les couvrent jusqu'aux poignets et aux pieds, et un long voile.

"Notre tenue de sport déplaît parfois; on nous a insultées pour ça mais nous n'avons jamais abandonné", assure Amal Bashir, l'autre athlète féminine; "Notre objectif est plus grand que quelque obstacle qui se dresse sur notre chemin"

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