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EXCLUSIF AFP - Nord-Mali: premier ramadan à Gao sous contrôle des islamistes

19/07/2012 08:07 EDT | Actualisé 18/09/2012 05:12 EDT

Gao s'apprête à vivre le ramadan, période de prières et de réjouissances pour les musulmans, dans la peur d'un durcissement des règles imposées par les islamistes qui contrôlent cette ville du nord du Mali écrasée par la chaleur, soumise aux coupures d'eau et d'électricité.

"Je crains que les islamistes ne profitent du ramadan pour durcir les règles avec, par exemple, une interdiction de fumer et de regarder la télévision", affirme un enseignant de Gao, ville aux mains des islamistes du Mouvement pour l'unicité du jihad en Afrique de l'ouest (Mujao).

Pendant le ramadan, il est strictement interdit au musulmans de boire, manger fumer ou d'avoir des relations sexuelles du lever au coucher du soleil. Après ces heures de jeûne, toutes les réjouissances sont autorisées.

"Nous allons passer le ramadan dans des conditions particulières", reconnaît El Hadj Bany Maïga, membre du comité de gestion d'une mosquée, en référence à la présence du Mujao, alors que la période de jeûne doit débuter à la fin de la semaine.

Alpha Maïga, membre du Collectif des jeunes de Gao, prévient: "Nous ne sommes pas dociles comme les habitants de Tombouctou (nord-ouest). On ne peut pas nous imposer n'importe quoi. Nous appliquerons l'islam légué par nos parents".

Les islamistes d'Ansar Dine (Défenseurs de l'Islam), autre groupe qui contrôle Tombouctou, ont, au nom de la charia (loi islamique), fouetté des couples illégitimes et des buveurs d'alcool, détruit des mausolées de saints musulmans.

Le Mujao a chassé fin juin la rébellion touareg de Gao, mais n'y a pas encore instauré la charia dans toute sa rigueur, par crainte que ne se reproduisent les manifestations populaires anti-islamistes de mai et juin, qui avaient fait au moins un mort et plusieurs blessés.

Les imams de la ville ont tenu une rencontre pour "l'organisation doctrinale" pendant le ramadan. "Il n'y aura pas de prêches enflammés. Les prêcheurs seront des Maliens. Des étrangers ne vont pas venir ici pour prêcher", assure un responsable musulman.

Et une association de femmes a décidé que, pendant le ramadan, elle suivrait les consignes des religieux locaux.

Abdoul Hakim, "émir" du Mujao à Gao, affirme qu'il va "laisser les gens prier comme ils ont l'habitude" de le faire. "Nous allons donner sucre et nourriture à toutes les mosquées de Gao", ajoute-t-il.

"Les islamistes ont en mémoire le dernier soulèvement de la population. Ils font tout" pour en "éviter" un nouveau, analyse un journaliste local.

"Vraiment, c'est difficile, ce mois de ramadan en juillet. Des quartiers restent deux jours sans lumière. On ne peut pas trouver de la glace alors qu'il fait très chaud", note l'animateur d'une radio locale.

Les coupures d'eau sont également récurrentes dans cette ville du désert où la température peut atteindre 40 degrés le jour à cette période de l'année.

La coût de la vie constitue un autre sérieux handicap pour le ramadan à Gao, période de fortes dépenses pour de copieux repas pris le soir après le jeûne de la journée.

"Pour bien faire le ramadan, il faut beaucoup de vivres. Or, avec la situation actuelle, il n'y a pas d'argent", regrette Hamadi Maïga, un élu régional.

"Il n'y a pas d'argent", renchérit Issa Alassane Abidine, mécanicien. Or, rappelle-t-il, "quand vous faites le carême toute la journée, le soir, il faut reprendre les forces en ayant une alimentation équilibrée".

Pour un meilleur ramadan, une trentaine de Maliens ont préféré quitter Gao par bus pour rejoindre des parents au Niger voisin, fuyant une ville déjà vidée de près de la moitié de ses 70.000 habitants depuis le début, en janvier, de l'offensive dans le Nord menée les groupes islamistes et la rébellion touareg.

Le Mujao et Ansar Dine, tous deux alliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), contrôlent depuis fin mars les trois régions administratives du Nord du Mali, Gao, Tombouctou et Kidal, après en avoir évincé les rebelles touaregs laïcs et sécessionnistes.

Les autorités de transition au pouvoir à Bamako depuis le retrait de militaires qui avaient renversé le 22 mars le président Amadou Toumani Touré, précipitant la chute de cette vaste région - plus de la moitié du territoire malien - au mains des islamistes, sont impuissantes à y faire face.

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