NOUVELLES

Des chars prennent d'assaut un quartier de Damas, nouveau veto à l'ONU

19/07/2012 01:16 EDT | Actualisé 18/09/2012 05:12 EDT

Des chars de l'armée syrienne ont pris d'assaut jeudi un quartier de Damas, le régime, qui a de nouveau échappé à des sanctions du Conseil de sécurité grâce à la Russie et à la Chine, affichant sa détermination à écraser la rébellion armée.

Dans la capitale, théâtre de combats d'une extrême violence depuis cinq jours, des centaines de personnes ont fui les bombardements et les combats et la peur s'installait à la veille du mois de jeûne du ramadan.

C'est à Damas que sont prévues vendredi des funérailles nationales pour les trois hauts responsables du cercle rapproché du président Bachar al-Assad, tués mercredi dans un attentat inédit à Damas.

Coupant court aux rumeurs alimentées par le silence du chef de l'Etat après cette attaque, un conseiller a affirmé à l'AFP que M. Assad se trouvait au palais présidentiel à Damas où "il dirige les destinées du pays".

La télévision d'Etat a d'ailleurs diffusé des images de M. Assad avec le nouveau ministre de la Défense qui remplace le général Daoud Rajha, tué dans l'attentat aux côtés du beau-frère du président, Assef Chawkat, et de Hassan Turkmani, chef de la cellule chargée de faire face à la révolte.

A New York, Moscou et Pékin ont volé de nouveau au secours du régime syrien, en votant au Conseil de sécurité de l'ONU contre une résolution occidentale le menaçant de sanctions, et ce pour la troisième fois depuis mars 2011.

L'émissaire Kofi Annan s'est dit "déçu de constater qu'à ce moment crucial le Conseil de sécurité n'a pas pu s'unir afin d'agir de manière ferme et concertée comme il l'avait instamment demandé et espéré".

La Maison Blanche a elle qualifié d'"extrêmement regrettable" ce double veto, estimant qu'il sonnait le glas de la mission Annan.

L'ambassadeur russe à l'ONU a justifié le veto en affirmant que la résolution "ouvrait la voie" à une intervention militaire en Syrie, où les violences ont fait jeudi plus de 110 morts, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Son homologue américaine a dénoncé cet échec et prévenu que Washington voulait désormais travailler "en dehors" du Conseil de sécurité pour faire pression sur Damas.

L'Union européenne se prépare de son côté à renforcer ses sanctions à l'encontre de la Syrie et son embargo sur les armes en autorisant les inspections de navires et avions soupçonnés de le violer.

Avec l'accélération des événements dramatiques à Damas, le chef du Conseil national Syrien (CNS), Abdel Basset Sayda, a estimé que le régime vivait "ses derniers jours", alors que Washington a estimé qu'il était en train de "perdre le contrôle de la Syrie".

A la frontière avec la Turquie, les rebelles ont d'ailleurs pris le contrôle du poste-frontière de Bab al-Hawa. Ils y ont "détruit une photo de Bachar al-Assad et ce après le retrait des troupes régulières. C'est une première", a affirmé à l'AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH.

Sur le terrain, l'armée a intensifié ses opérations, prenant d'assaut pour la première fois un quartier de Damas, Qaboun (est), avec "plus de 15 chars et transports de troupes blindés", selon l'OSDH.

Une source de sécurité dans la capitale a d'ailleurs prévenu dans des déclarations à l'AFP que les combats "se poursuivraient pendant les prochaines 48 heures" jusqu'à "nettoyer Damas des terroristes avant le début du ramadan (vendredi)".

Depuis le début de la révolte en mars 2011, les autorités qualifient les rebelles de "terroristes" soutenus par l'étranger.

"Jusqu'à présent, l'armée avait fait preuve de retenue dans ses opérations mais depuis l'attentat, elle est décidée à utiliser toutes les armes en sa possession pour en finir avec les terroristes", a ajouté cette source.

L'armée a demandé à la population de s'éloigner des zones de combats, au moment où des centaines d'habitants fuyaient les quartiers de Mazzé (ouest), Tadamoun (sud) ou encore le camp palestinien de Yarmouk (sud) par peur d'une opération d'envergure des forces régulières, selon l'OSDH.

Le bilan s'alourdit de plus en plus avec cette recrudescence des combats. En 36 heures, plus de 320 personnes ont péri en Syrie, dont 214 mercredi, la journée la plus sanglante depuis le pilonnage de Homs 4 février, d'après l'ONG.

"Il y a une escalade de la part du régime qui cherche à se venger" de l'attentat de Damas ainsi que de la part des rebelles qui veulent, eux, en tirer profit, a jugé le chef de l'OSDH Rami Abdel Rahmane.

A Damas, la vie est presque paralysée et la panique gagne rapidement du terrain la veille du ramadan.

Un peu partout, la vie semble s'être arrêtée: rues bloquées, magasins fermés, taxis de plus en plus rares.

"Les gens ont des réactions disproportionnées au moindre incident", commente un marchand ambulant du célèbre quartier autrefois touristique de Bab Touma dans le centre-ville. "Les gens ont peur, ils pensent désormais qu'après l'attentat, tout peut arriver".

L'attentat de mercredi a été revendiqué par l'Armée syrienne libre (ASL, composée en majorité de déserteurs) qui avait annoncé la veille "la bataille pour la libération de Damas".

Les autorités ont parlé d'une attaque "terroriste" mais contrairement aux attentats précédents, aucune image n'a été diffusée par les médias officiels et les circonstances de l'attaque demeurent encore floues.

Israël a estimé que l'attentat était "coup dur" porté au régime ainsi qu'à "l'axe radical" Iran-Hezbollah, en référence au mouvement chiite libanais.

bur-ram/sbh

PLUS:afp