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Combats et exode à Damas après un attentat meurtrier contre le régime

19/07/2012 06:51 EDT | Actualisé 18/09/2012 05:12 EDT

Des centaines de personnes fuyaient jeudi matin des quartiers de Damas, théâtre de combats d'une extrême violence, au lendemain d'un attentat ayant frappé de plein fouet l'appareil sécuritaire du régime et tué trois hauts responsables, dont le beau-frère de Bachar al-Assad.

A Damas, la vie tournait jeudi au ralenti. La majorité des échoppes des rues commerçantes de Salhié et de Chaalane, dans le centre, étaient fermées. Et dans celles restées ouvertes, de rares clients s'approvisionnaient à la hâte.

La situation est "pire que catastrophique", a indiqué à l'AFP un habitant qui a fait état de pénurie de pain et de médicaments dans certains quartiers.

Après l'attentat contre le bâtiment de la Sécurité nationale en plein centre de Damas où se tenait une réunion de hauts responsables de la sécurité, les Etats-Unis ont estimé que le régime était en train de "perdre le contrôle de la Syrie" et souligné l'urgence d'une transition politique pour "éviter une guerre civile longue et sanglante".

Le président Assad n'avait fait jeudi en début d'après midi aucune déclaration ni apparition publique.

A l'ONU, le Conseil de sécurité devait voter jeudi sur un projet de résolution déposé par les Occidentaux menaçant le régime de sanctions, alors que la Russie, alliée de Damas, campe sur ses positions dans son rejet de sanctions.

Sur le terrain, les combats à Damas, qui avaient débuté dimanche, ont redoublé d'intensité.

"Ces combats d'une extrême violence devraient se poursuivrent pendant les prochaines 48 heures pour nettoyer Damas des terroristes avant le début du ramadan", mois de jeûne musulman qui est sur le point de commencer, a indiqué jeudi une source de sécurité dans la capitale.

Depuis le début de la révolte en mars 2011, les autorités qualifient les rebelles de "terroristes" appuyés par des pays étrangers.

L'armée a fait jusqu'à présent preuve de retenue

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"Jusqu'à présent, l'armée avait fait preuve de retenue dans ses opérations mais depuis l'attentat, elle est décidée à utiliser toutes les armes en sa possession pour en finir avec les terroristes", a ajouté cette source.

Selon la source de sécurité, "l'armée a demandé à la population de s'éloigner des zones de combats alors que les terroristes cherchent à utiliser les habitants comme boucliers humains".

Au moins 214 personnes, ont péri mercredi, dont 38 à Damas, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Il s'agit de la journée la plus sanglante depuis le 4 février.

Jeudi, des centaines d'habitants fuyaient un secteur situé à la périphérie de Mazzé (ouest) en direction de l'intérieur de ce quartier huppé, "par peur d'une opération d'envergure des forces régulières" à la suite de combats, selon l'OSDH. Les mêmes mouvements étaient notés dans le quartier de Tadamoun (sud) et dans le camp palestinien de Yarmouk (sud).

"Il y a une escalade de la part du régime syrien pour se venger" de l'attentat ainsi que de la part des rebelles qui veulent, eux, en tirer profit, a jugé le président de l'OSDH Rami Abdel Rahmane.

L'attentat de mercredi a été revendiqué par l'Armée syrienne libre (ASL, composée en majorité de déserteurs) qui avait annoncé la veille "la bataille pour la libération de Damas".

Les autorités ont parlé d'une attaque "terroriste" mais contrairement aux attentats précédents, aucune image n'a été diffusée par les médias officiels et les circonstances de l'attaque demeuraient encore floues.

"Ce qui s'est passé hier est un signe sur le début de la fin de ce régime (...) c'est un grand coup porté au (chef de l'Etat) et à l'appareil sécuritaire et répressif du régime", a affirmé de son côté Georges Sabra, porte-parole du Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition.

Le ministre de la Défense, le général Daoud Rajha, son vice-ministre, le général Assef Chawkat, beau-frère du président, et le général Hassan Turkmani, chef de la cellule de crise mise en place pour mater la révolte, ont péri dans l'attaque.

Et le ministre de l'Intérieur, Mohammad Ibrahim al-Chaar, et le chef de la Sécurité nationale, Hicham Ikhtiar, ont été blessés, selon une source au sein des services de sécurité.

"Les traîtres, les agents et les mercenaires se font des illusions s'ils pensent que la Syrie va courber la tête face à ce coup, même s'il fait mal", a écrit le journal du parti au pouvoir, al-Baas.

La Russie, la Chine et l'Iran, pays alliés de Damas, ont condamné l'attentat, tout comme le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.

Israël a de son côté qualifié l'attentat de "coup dur" porté au régime ainsi qu'à "l'axe radical" Iran-Hezbollah, en référence au mouvement chiite libanais.

A New York, le vote sur le projet de résolution occidentale prévu à la base mercredi a été reporté à jeudi matin à la demande de l'émissaire international Kofi Annan qui espérait toujours un compromis avec Moscou, selon des diplomates.

L'ambassadeur français Gérard Araud a affirmé que le cadre des négociations devait être "une résolution sous chapitre VII avec une menace de sanctions". Mais la Russie a réaffirmé qu'elle ne pouvait pas accepter de sanctions.

Le Conseil a jusqu'à vendredi soir pour adopter une résolution sur le sort des 300 observateurs de la Mission d'observation de l'ONU en Syrie, dont le mandat expire à cette date.

Les Occidentaux veulent assortir son renouvellement de pressions sur Damas et la Russie veut se contenter de prolonger cette mission, qui a été incapable depuis la mi-avril de faire cesser les combats.

bur/vl/sw

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