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Assad a subi un coup très dur mais n'entend pas lâcher prise

19/07/2012 10:14 EDT | Actualisé 18/09/2012 05:12 EDT

Bachar al-Assad a subi un coup très dur avec la mort de trois responsables sécuritaires de son cercle rapproché dans un attentat à Damas mais il n'entend pas renoncer au pouvoir, ayant le sentiment tout comme les rebelles de pouvoir l'emporter, estiment des experts.

"Il doit être sous le choc et se sentir dos au mur avec la perte de Manaf Tlass, son ami proche qui a fait défection le semaine dernière, puis la mort mercredi de trois très importants responsables de la sécurité", estime le professeur Volker Perthes, directeur de l'Institut allemand pour les Affaires internationales et de sécurité, basé à Berlin.

Pour l'auteur de l'ouvrage "La Syrie sous Assad: Modernisation et les limites du changement", publié en 2004, la chute du régime n'est pas pour tout de suite.

"Il peut combattre car il est dos au mur. Il n'a pas l'intention de lâcher prise immédiatement et sa puissance de feu est plus importante que celle des rebelles".

"Si plusieurs attaques aussi réussies que celles d'hier se produisent, si la structure de commandement se brise, vous pouvez avoir toute la puissance de feu que vous voulez, cela ne servira pas à grand chose", ajoute ce spécialiste de la Syrie.

Mercredi, un attentat spectaculaire dans le bâtiment ultra-protégé de la Sécurité nationale à Damas, a causé la mort du ministre de la Défense, le général Daoud Rajha, son vice-ministre, le général Assef Chawkat, beau-frère du président, et le général Hassan Turkmani, chef de la cellule de crise mise en place pour mater la révolte.

L'explosion, dont on ignore toujours si elle est le fait d'un kamikaze ou non, a aussi blessé le ministre de l'Intérieur et le chef de la Sécurité nationale.

Fabrice Balanche, un expert français de la Syrie, estime que "le pouvoir est fortement ébranlé, mais il n'est pas brisé".

"Il serait brisé si Bachar avait été tué. Le ministre de la Défense était une potiche, le suivant n'est pas mieux. En revanche la mort d'Assef Chawkat est beaucoup plus grave car c'était lui le véritable ministre de la Défense", dit-il.

Mais, pour le directeur du Groupe de Recherches et d'Etudes sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (Lyon), "ce coup va sans doute provoquer de nouvelles défections de haut rang parmi les sunnites et obliger le régime à se concentrer sur le noyau dur alaouite".

Le chef de l'Etat, ainsi que les piliers du régime, appartiennent à la communauté alaouite, une émanation du chiisme qui représente 10% de la population syrienne à majorité sunnite.

Ce point de vue est également partagé par Rime Allaf, chercheuse à l'Institut de recherches Chatham House, basé à Londres.

"C'est un rude coup mais il ne faut pas penser que c'est fini car le régime jouit encore d'appuis dans l'appareil militaire et sécuritaire et bénéficie de l'appui de la Russie et de l'Iran", souligne-t-elle.

Cependant, ces experts s'attendent tous à une recrudescence des violences.

"La violence devrait s'accroître à court terme. C'est une chose courante dans des guerres civiles: les deux côtés sont sûrs qu'ils ont les moyens d'avancer, probablement de gagner ou du moins d'améliorer leur position avant d'entrer dans des négociations", estime le professeur Perthes.

Pour M. Balanche aussi "les combats vont s'intensifier, car l'opposition est galvanisée par cet attentat. Quant aux forces du régime, elles ne vont pas faire de quartier".

"On peut s'attendre à un nouveau Baba Amr dans un quartier de Damas. De l'épuration ethnique du type Houla ou Treimsa dans la périphérie alaouite par les fidèles d'Assef Chawkat qui vont vouloir venger leur chef", a-t-il ajouté.

Baba Amr est un quartier de Homs aujourd'hui totalement désert qui a été pris par l'armée à l'issue de combats sanglants, alors que Houla et Treimsa sont des localités sunnites où l'opposition a accusé les milices pro-gouvernementales d'avoir commis des "massacres".

sk/ram/feb

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