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Marzouki: la Tunisie "pas tombée dans l'escarcelle de l'islamisme, mais dans celle de la démocratie"

18/07/2012 09:50 EDT | Actualisé 17/09/2012 05:12 EDT

Le président tunisien Moncef Marzouki a déclaré mercredi, à la tribune de l'Assemblée nationale française, que la Tunisie, où le parti islamiste Ennahda est au pouvoir, n'était pas tombée "dans l'escarcelle de l'islamisme" mais "dans l'escarcelle de la démocratie".

"La question qu'on me pose souvent : est-ce que la Tunisie est tombée dans l'escarcelle de l'islamisme ? La réponse est non, la Tunisie est tombée dans l'escarcelle de la démocratie", a-t-il dit, sous les applaudissements des députés français.

M. Marzouki a d'emblée affirmé que seule "une fraction de la France officielle" avait soutenu "la dictature qui a opprimé" les Tunisiens, en référence au régime de l'ex-président Zine el Abidine Ben Ali.

"Mais la part majeure, essentielle, de la France (...) nous a soutenus autant qu'elle le pouvait et accompagnés aussi loin que possible jusqu'à la chute du tyran", a-t-il dit, exprimant "gratitude et affection" à cette France-là.

Lui-même entretient une relation particulière avec la France où il a passé le tiers de sa vie, y ayant effectué ses études de médecine et passé ses années d'exil.

M. Marzouki a déclaré que ses amis lui posaient "sans cesse" cette "délicate question: +l'alliance de démocrates laïcs avec des islamistes relève-t-elle de l'opportunisme politique ou de la naïveté?+". "La réponse est simple: ni de l'un ni de l'autre, mais d'une longue histoire commune, d'un pari sur l'avenir", a-t-il dit.

Il a longuement justifié l'alliance de gouvernement que son parti de centre-gauche (le Congrès pour la république, CPR) avait choisi de former avec le parti islamiste Ennahda, devenu la première force politique du pays.

"Ennahda a adhéré à la démocratie, certains disent par tactique, d'autres comme moi-même, disent par conviction. (...) L'avenir dira qui a eu raison, dans sa méfiance ou dans sa confiance", a-t-il lancé, ajoutant: "C'est la force de la démocratie d'avoir pu apprivoiser et intégrer des forces qui lui étaient au départ hostiles".

Le président tunisien a par ailleurs mentionné son souhait que la peine de mort soit abolie, un jour, en Tunisie: "L'une de mes premières décisions a été de commuer la peine de 220 condamnés à mort. La Tunisie est un pays abolitionniste de facto, j'espère qu'un jour il le deviendra de jure".

Le président tunisien a par ailleurs affirmé: "jamais les médias n'ont été aussi libres. Mon gouvernement et moi-même en faisons les frais quotidiennement".

Son discours, au deuxième jour d'une visite de trois jours en France, était le premier d'un dirigeant étranger devant l'Assemblée nationale française depuis 2006. Ce déplacement vise à lever les malentendus créés par le soutien manifesté par la France au régime Ben Ali, jusqu'au jour de la fuite de l'ancien président tunisien en Arabie Saoudite le 14 janvier 2011.

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