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Israël: Netanyahu pas menacé, mais affaibli après la défection de Kadima

18/07/2012 05:16 EDT | Actualisé 17/09/2012 05:12 EDT

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu conserve une majorité malgré la défection du parti centriste Kadima, mais les commentateurs estiment qu'il a commis une erreur en se mettant à dos les laïcs à propos de la conscription des religieux et de la minorité arabe.

Après la défection mardi de Kadima et de ses 28 députés sur 120, M. Netanyahu bénéficie du soutien de 66 députés. Cette majorité composée du Likoud, le parti de la droite, et de formations d'extrême-droite et ultra-orthodoxes est la même que celle dont disposait Benjamin Netanyahu avant le ralliement de Kadima et de son chef Shaul Mofaz qui n'a duré que 70 jours.

Le chef de Kadima Shaul Mofaz a annoncé sa démission en raison du refus de M. Netanyahu de suivre les conclusions d'une commission présidée par le député de Kadima Yohanan Plessner.

Cette commission a recommandé une conscription de tous les Israéliens dès l'âge de 18 ans tout en accordant une dispense annuelle à environ 1.500 ultra-orthodoxes pour qu'ils puissent continuer à étudier dans les Yéchivot, les séminaires talmudiques.

La loi actuelle, jugée anticonstitutionnelle par la Cour suprême parce qu'elle exempte de facto de service militaire les ultra-orthodoxes et la minorité des Arabes israéliens qui descendent des Palestiniens, doit être remplacée avant le 31 juillet.

Le Likoud et les partis ultra-orthodoxes de la coalition ont préconisé une approche progressive, avec l'instauration de quotas croissants au fil des ans de conscrits ultra-orthodoxes.

Le chef d'Israel Beiteinou Avigdor Lieberman qui avec 15 députés aurait pu mettre en danger la coalition en raison de ses divergences avec M. Netanyahu sur le conscription, a annoncé mercredi qu'il n'avait aucune intention de quitter le gouvernement.

Selon une source parlementaire, la Knesset a repoussé mercredi par 74 voix contre 20 en lecture préliminaire un projet de loi imposant un service militaire à tous les Israéliens âgés de plus de 18 ans présenté par M. Lieberman.

Un proche de M. Netanyahu, le ministre de l'Environnement Gilad Erdan, s'est voulu rassurant. Il a exclu des élections anticipées après la défection de Kadima. "Il n'y aura pas d'élections demain. Pendant plus de trois ans, nous nous sommes débrouillés sans Kadima et cela va continuer", a affirmé M. Erdan à la radio.

Malgré tout Benjamin Netanyahu sort affaibli de cette crise, selon les médias. Les commentateurs soulignent qu'il a donné le sentiment de céder aux pressions des ultra-orthodoxes ses alliés traditionnels sur la question de conscription en "sacrifiant" les laïcs.

Or selon de récents sondages, les deux tiers des Israéliens, qui effectuent un service militaire de trois ans pour les hommes et de deux ans pour les femmes, estiment que les ultra-orthodoxes et les Arabes israéliens devraient eux aussi être mobilisés.

Au début mai, le Premier ministre s'était livré à une manoeuvre politique en ralliant à la surprise générale Kadima, alors qu'il avait entamé une procédure de dissolution du Parlement en vue d'un scrutin anticipé cet automne.

"En changeant ainsi de tactique, Netanyahu alors qu'il était donné gagnant, a commis une erreur", estime Ayala Hasson, commentatrice politique de la télévision publique.

"Aussi bien Netanyahu que Mofaz ont commis une erreur dans leur évaluation mutuelle (...) Mofaz pensait qu'en ralliant Kadima, Netanyahu voulait que les choses soient faites (sur la conscription). Il n'a pas compris que Netanyahu a attiré Kadima pour ne rien faire", affirme Nahum Barnea du quotidien Yediot Aharonot, le quotidien le plus vendu.

Ben Caspit éditorialiste du quotidien Maariv souligne pour sa part que Netanyahu va devoir désormais organiser des élections anticipées "pour limiter les dégâts".

Selon la radio militaire, les législatives prévues normalement en octobre 2013 pourraient être avancées au mois d'avril, en vue des mesures d'austérité budgétaires qui doivent être décidées l'année prochaine en raison du ralentissement de l'activité économique.

jlr/sw

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