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Syrie: troisième jour de combats entre armée et rebelles dans la capitale

17/07/2012 05:02 EDT | Actualisé 15/09/2012 05:12 EDT

BEYROUTH - Sipa — Les violents affrontements entre les rebelles syriens et les forces gouvernementales, appuyées par des hélicoptères, se sont étendus à de nouveaux quartiers de Damas, mardi, notamment près du parlement.

Il s'agissait du troisième jour consécutif d'affrontements dans la capitale syrienne, posant un défi sans précédent au régime du président Bachar el-Assad. Ce sont les affrontements les plus répandus et les plus soutenus dans la capitale depuis le début du soulèvement en Syrie, il y a 16 mois.

Des familles terrifiées fuient la ville ou se préparent à partir à tout moment. Des résidants ont expliqué qu'ils préparaient des «sacs de fuite» au cas où ils devraient partir précipitamment pour sauver leur peau.

«Dans mon sac, il y a les passeports de toute la famille, nos diplômes universitaires, un peu d'argent et des médicaments», a déclaré un père de deux enfants âgé de 57 ans, qui a réclamé l'anonymat par crainte de représailles. «Il est très difficile de penser que nous pourrions quitter notre maison et tout ce que nous avons, mais c'est une question de vie ou de mort.»

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, les combats de mardi étaient concentrés dans les quartiers de Kfar Souseh, Nahr Aisha, Midan et Qadam.

Mais des militants et des résidants ont déclaré que les affrontements s'étaient répandus dans de nouveaux quartiers de la capitale mardi, avec de brefs combats près de la place Sabeh Bahrat, de la rue Bagdad et du quartier Sahet Arnous, dans le centre de Damas, à environ 400 mètres du parlement syrien.

Les affrontements se sont rapidement apaisés quand les rebelles se sont enfuis, mais ils montrent clairement la propagation des violences et l'importante emprise des rebelles sur le pays.

«Les rues sont complètement vides, les magasins sont fermés. Les gens ont peur de ce qui va arriver après», a déclaré Omar Qabouni, un militant du quartier Qaboun, dans le nord-ouest de Damas. Selon lui, huit personnes ont été tuées mardi dans des tirs d'artillerie des forces gouvernementales. Il a ajouté que des hélicoptères survolaient le quartier.

L'agence de presse officielle SANA a rapporté que les soldats continuaient à chercher des «éléments terroristes» qui ont fui Nahr Aisha pour Midan. Le régime syrien réfère aux opposants en les qualifiant de terroristes.

«J'entends des tirs et des explosions en direction de Midan», a déclaré le militant Maath al-Shami à l'Associated Press lors d'une entrevue menée par Skype. «De la fumée noire s'élève de la zone.»

Sur les images d'une vidéo amateur, deux véhicules blindés armés de mitrailleuses avancent, encadrés de soldats, sur une route déserte qui mène vers Midan.

Dans une autre vidéo tournée par des militants, on peut voir des hélicoptères survoler le quartier Qaboun. Le narrateur affirme qu'il y a des «bombardements aériens» dans le quartier, mais on ne voit pas l'hélicoptère tirer dans la séquence de 30 secondes.

L'authenticité des vidéos n'a pas pu être confirmée de source indépendante.

Une autre militante de Damas, qui a seulement voulu s'identifier sous le nom de Bayan par crainte pour sa sécurité, a déclaré que des soldats avaient tiré des obus de mortier sur les quartiers Qaboun et Jobar, provoquant un incendie près de la grande mosquée de Jobar.

«Les gens essaient d'éteindre le feu avec des tuyaux d'arrosage et des seaux d'eau», a-t-elle déclaré lors d'une entrevue par Skype. Elle a ajouté que les troupes gouvernementales avaient érigé des points de contrôle autour de la capitale et que des soldats fouillaient les voitures et exigeaient des pièces d'identité.

Le militant Maath al-Shami a précisé que les résidants des zones les plus touchées avaient fui vers des quartiers plus sûrs, où ils ont trouvé refuge dans des écoles et des mosquées. Il a ajouté que plusieurs blessés étaient soignés dans des cliniques clandestines par crainte d'être arrêtés s'ils se rendent à l'hôpital.

Efforts diplomatiques

Sur la scène internationale, les efforts diplomatiques se sont poursuivis dans plusieurs capitales pour tenter d'infléchir les positions chinoise et russe, à la veille d'un vote au Conseil de sécurité sur une résolution prévoyant de nouvelles sanctions contre Damas. Ce texte permettrait également, à terme, l'emploi de la force armée.

À Moscou, l'émissaire spécial de l'ONU et de la Ligue arabe pour la Syrie, Kofi Annan, s'est entretenu avec le président Vladimir Poutine. M. Annan a estimé que la crise syrienne était arrivée «à un tournant», selon l'agence de presse ITAR-Tass. Vladimir Poutine a affirmé que la Russie ferait tout pour soutenir M. Annan dans sa tentative de trouver une solution à la crise.

À Pékin, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a souligné que le Conseil de sécurité de l'ONU devait être uni face à la Syrie. «Je ferai tout mon possible pour résoudre la crise syrienne», a-t-il déclaré à la veille de sa rencontre avec le président chinois, Hu Jintao.

Lors d'une visite en Jordanie, le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, a assuré que l'application du plan de paix de Kofi Annan était «le meilleur espoir» de mettre un terme au conflit syrien, jugeant nécessaire une résolution dans le cadre du chapitre 7 de la Charte des Nations unies, qui autorise le recours à la force armée. Il a exhorté la Chine et la Russie à l'accepter. La situation en Syrie «est tellement grave et imprévisible qu'aucune option ne doit être exclue à l'avenir», a-t-il estimé.

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