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Pour Treimsa, le "massacre" visait à créer une guerre confessionnelle en Syrie

17/07/2012 05:09 EDT | Actualisé 15/09/2012 05:12 EDT

La population sunnite de Treimsa est formelle: le "massacre" du 12 juillet a été commis par l'armée syrienne épaulée par des miliciens alaouites des "chabbihas" pour susciter une guerre confessionnelle dans le pays.

La haine était palpable lundi dans les rues de cette cité d'une dizaine de milliers de personnes du centre de la Syrie, et il semble peu probable que les habitants pardonnent un jour les exactions dont ils ont été victimes.

"Jamais", affirment sans la moindre hésitation les habitants interrogés.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), des bombardements et des combats ont fait jeudi plus de 150 morts à Treimsa, dont des dizaines de rebelles. Certains ont aussi été "exécutés sommairement" ou tués en tentant de fuir, et une trentaine de cadavres brûlés.

La communauté internationale a condamné un "massacre". Le régime a démenti, disant avoir combattu des "terroristes", terme qu'il utilise depuis le début de la contestation le visant il y a 16 mois, qui s'est militarisée au fil du temps face à la répression sanglante.

Les observateurs de l'ONU venus sur place à plusieurs reprises ont estimé que l'attaque "semblait viser des groupes et des maisons spécifiques, en majorité de déserteurs et de militants", et ont indiqué que le bilan est "toujours incertain".

Ils ont souligné que "de nombreux types d'armes" avaient été utilisés, dont des armes lourdes, ce que le régime a de nouveau démenti, mais qui correspond à ce que l'AFP a vu sur place.

Pour un médecin de Treimsa, qui demande l'anonymat pour sa sécurité, cette tuerie s'explique "sans doute parce que la ville est à la limite d'une zone alaouite".

Abou Amar, commandant local revendiquant 1.200 rebelles sous ses ordres, explique que "l'armée d'Assad bombarde depuis 15 jours tous les villages et villes (sunnites) qui sont à la lisière de la région alaouite", située à cheval entre les provinces de Hama et de Lattaquié (centre et ouest).

"Khan Cheikhoune, Kafar Zeita, Latamné, al-Laqbé, Treimsa, Amourién... les bombardements n'arrêtent pas contre 33 villages et villes sunnites", explique Abou Amar. Le journaliste de l'AFP a vu y tomber régulièrement des roquettes lundi.

Bachar Al-Assad et les principaux piliers du régime sont alaouites -une émanation du chiisme qui représente 10% de la population, alors que la majorité des opposants sont sunnites (80%). Les 10% restants sont des chiites, druzes, ismaéliens ou chrétiens.

Dans le Djebel Shahchabou, de petites montagnes surplombant la plaine agricole où se trouve Treimsa, un groupe de révolutionnaires discute autour du traditionnel thé sucré brûlant.

L'ambiance résume l'opinion des sunnites de la région: "Treimsa est entouré d'alaouites, voilà la raison!", lance l'un. "Tous les alaouites sont des chabbihas!", dénonce un second. "Assad veut éliminer tous les sunnites", assure un troisième. "Il veut créer une guerre confessionnelle", ajoute un quatrième.

Dans la ville sunnite de Kornaz (22.000 habitants), tout près de Treimsa, le chef politique de la révolution, Abderrazak Al Hamdou, joue l'apaisement: "le régime veut transformer la révolution en guerre civile. Mais nous refusons ça. Depuis des décennies, nous avons eu des relations amicales avec les alaouites, et aujourd'hui encore. (...) Nous pouvons pardonner aux alaouites qui ne sont pas mêlés au massacre".

Mais Tayssir Chabane, le chef militaire de la localité, est nettement plus catégorique: "les villageois alaouites d'ici sont tous des chabbihas".

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