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Marzouki à Paris pour un nouveau départ des relations France-Tunisie

17/07/2012 07:25 EDT | Actualisé 16/09/2012 05:12 EDT

Le président tunisien Moncef Marzouki effectuait mardi une visite en France à haute portée symbolique destinée à lever une bonne fois pour toutes le malentendu créé par le soutien de Paris à l'ancien régime du président Ben Ali jusqu'au dernier jour.

M. Marzouki est attendu dans l'après-midi à Paris où il rencontrera le président français François Hollande. Le moment fort de sa visite de trois jours en France aura lieu mercredi lorsqu'il s'exprimera devant l'Assemblée nationale, un honneur que n'ont reçu que 16 dirigeants étrangers avant lui, le dernier en 2006.

Cette visite du premier président de la Tunisie démocratique, un ancien opposant réfugié en France où il a passé un tiers de sa vie, "revêt une haute valeur emblématique", a expliqué le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères Bernard Valéro.

"Elle sera l'occasion de réaffirmer le soutien que la France apporte à la transition politique engagée en Tunisie (...) Elle manifestera ainsi la forte volonté de la France d'accompagner les autorités et le peuple tunisiens dans ce processus, sur la base d'un partenariat d'égal à égal, dans le cadre des liens d'amitié très étroits qui unissent les deux pays et les deux peuples", a ajouté M. Valéro.

De fait cette visite a pour but "d'effacer" les tensions entre Paris et Tunis et de mettre sur les rails une relation équilibrée entre la France et son ancien protectorat mise à mal aux premiers jours du printemps arabe, a expliqué dans une interview à l'AFP M. Marzouki avant son déplacement.

Alors que les dirigeants français successifs ont toujours eu des relations privilégiés avec le père de l'indépendance tunisienne Habib Bourguiba puis avec son successeur Zine El Abidine Ben Ali, la France alors dirigée Nicolas Sarkozy est dans un premier temps totalement passée à côté de la révolution en Tunisie en janvier 2011.

Ses dirigeants avaient d'abord tardé à condamner l'utilisation de la violence contre les manifestants et ce n'est qu'après la chute de Ben Ali que Nicolas Sarkozy avait exprimé son soutien à la nouvelle Tunisie.

La ministre des Affaires étrangères d'alors Michèle Alliot-Marie avait en particulier choqué les Tunisiens en proposant le "savoir-faire" policier de la France quand la répression battait son plein et aussi par ses liens d'amitié avec un riche patron tunisien lié en affaires au clan Ben Ali.

Nicolas Sarkozy avait fini par faire son mea-culpa et Michèle Alliot-Marie par être renvoyée du gouvernement. Mais maladresses et malentendus se sont poursuivis.

Avec l'arrivée en mai à la présidence française du socialiste François Hollande "l'atmosphère psychologique est nettement meilleure", a affirmé dans son interview M. Marzouki, lui-même nationaliste de gauche.

Cette visite sera aussi l'occasion pour le président tunisien de désamorcer les craintes d'une dérive islamiste dans son pays où le parti Ennahda est au pouvoir et d'asseoir sa stature d'homme d'Etat.

Cet homme tranchant, fondateur du parti Congré pour la République (CPR) qui s'est rapidement rapproché des islamistes, est chez lui salué par les uns comme un opposant historique au parcours irréprochable mais critiqué par d'autres qui lui reprochent d'être "le pion d'Ennahda".

En France, M. Marzouki s'entretiendra également mercredi avec le chef du gouvernement Jean-Marc Ayrault et son ministre de l'Intérieur Manuel Valls ainsi qu'avec la présidente de la Fédération internationale des Ligues des droits de l'homme (FIDH) Souhayr Belhassen et la communauté tunisienne. Jeudi, il se rendra à Marseille, où il visitera le site industriel d'Eurocopter, le fabricant d'hélicoptères.

Quelque 600.000 Tunisiens, y compris binationaux, vivent en France et plus de 20.000 Français en Tunisie. Plus de 1.200 entreprises françaises sont installées dans ce pays, et, selon le ministère français de l'Economie, les échanges commerciaux ont en 2011 atteint 7,6 milliards d'euros.

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