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L'appel d'un Français à libérer son père détenu au Cameroun depuis 15 ans

17/07/2012 03:03 EDT | Actualisé 15/09/2012 05:12 EDT

Un jeune Français s'adresse aux autorités du Cameroun pour que soit mis "fin au calvaire" de son père, Michel Thierry Atangana. Eric a 21 ans. Il en avait cinq la dernière fois qu'il a vu son père, détenu à Yaoundé dans le sous-sol du Secrétariat d'Etat à la Défense.

"Mon père est prisonnier politique au Cameroun depuis 15 ans. Je le dis. Des organisations de défense des droits de l'homme et le département d'Etat américain l'ont dit aussi".

Sur la table d'un café parisien, Eric pose la photocopie couleur d'un portrait de Michel Thierry Atangana.

Quand on évoque leur ressemblance, il sourit.

Le jeune homme d'"1,91 mètre" - "sept centimètres de plus" que son père - a une cicatrice récente à l'arcade sourcillière. "Mon père sait que c'est le résultat d'un choc au foot. Il sait aussi que je suis étudiant et que je travaille en même temps comme caissier. On se parle au téléphone".

Mais Eric n'est jamais allé au Cameroun. "C'est mon père qui ne veut pas", explique-t-il à l'AFP. "Il a peur, vu qu'il ne peut pas gérer la situation, de là où il est... Il est enfermé dans une prison non-officielle, au sous-sol du Secrétariat d'Etat à la Défense. Une nonne lui apporte à manger".

M. Atangana a déjà purgé sa peine de 15 ans de prison. Mais, à présent, son sort dépend d'un nouveau jugement du tribunal correctionnel de Yaoundé. Il vient de comparaître à un second procès pour "tentative de détournement de deniers publics et trafic d'influence" portant sur des milliards de francs CFA.

"Il risque d'être condamné à une nouvelle peine de prison, peut-être même de 15 ans, pour des faits de corruption non démontrés qui dateraient de 1995 et 1996", dit Eric.

La première condamnation remonte à 1997.

Le 20 avril, Titus Edzoa, ancien médecin personnel du président Paul Biya et ancien secrétaire général à la présidence, annonce qu'il démissionne de son poste de ministre de la Santé et qu'il se présente à la présidentielle.

"Peu après, le 12 mai 1997, mon père a été arrêté. Il était apparu comme le directeur de campagne d'Edzoa", raconte Eric.

Tout comme M. Edzoa, M. Atangana a été jugé pour détournements de fonds publics et condamné en tant que président du Comité de pilotage et de suivi des projets de construction des axes routiers (Copisur).

Dans le dossier, il était notamment question des transfert de fonds opérés par les sociétés Mobil Oil Cameroun, Texaco, Elf, Total, Jean Lefebvre et Nestlé, qui contribuaient au financement du Copisur, organe rattaché à la présidence.

En 2008, un juge d'instruction a bien signé une ordonnance de non-lieu en faveur d'Atangana. Mais le procureur a fait appel et la procédure judiciaire s'est poursuivie.

Depuis ses 18 ans, Eric "s'implique pour faire libérer" son père, "prisonnier français oublié au Cameroun" selon le titre d'un article de l'hebdomadaire Le Canard Enchaîné de 2009.

Camerounais d'origine, M. Atangana était devenu Français par mariage. "Il avait étudié en France et y avait connu ma mère, aide-soignante. Ils avaient eu deux enfants avant de divorcer. C'était avant son arrestation. Mon petit frère a 16 ans aujourd'hui et ne l'a jamais connu", explique Eric.

L'avocat français de Thierry Atangana, Me Remy Barousse, a récemment écrit dans un communiqué: "son fils implore le président Paul Biya de permettre son retour". Le chef d'Etat, au pouvoir depuis 29 ans, a le droit de grâce.

Eric préfère dire qu'il voudrait "qu'on sépare la justice de la politique". "Jeudi, j'attendrai l'appel de mon père. S'il est de nouveau condamné, ce sera un énorme coup sur la tête. Un acharnement, selon moi. Mais je sais qu'il n'abandonnera pas ses démarches pour être libre un jour".

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