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JO-2012 - Les records sportifs ont-ils atteint les limites humaines?

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POLE VAULTING
AP

"Plus vite, plus haut, plus fort" ? La devise des jeux Olympiques et les records sportifs pourraient prochainement se heurter à la dure réalité de la physiologie humaine, sauf à recourir à des artifices technologiques ou encore au dopage, estiment des scientifiques.

"Dans tous les sports, vous pouvez voir que les records sont en train de plafonner", déclare Steve Haake, directeur du Centre pour la recherche en ingénierie sportive de l'Université britannique de Sheffield Hallam.

Ainsi, le record du saut en longueur masculin tient depuis 1991, celui de la perche masculin remonte à 1994 et les performances en natation sur courte distance sont réparties à la baisse depuis l'interdiction des combinaisons intégrales spéciales en 2010.

Certes, des athlètes continuent encore de battre des records, mais les marges de progression se réduisent comme peau de chagrin, juge M. Haake.

Dans son laboratoire parisien de l'Insep, Geoffroy Berthelot s'est penché sur l'histoire des records olympiques depuis 1896.

Selon ses calculs, les athlètes ont atteint 99% de leur potentiel dans les limites naturelles de la physiologie humaine.

D'ici 2027, la moitié des 147 disciplines sportives étudiées auront touché leur limite, estime-t-il. Et les records ne pourront pas être améliorés de plus de 0,05% au-delà de cette date, indique le modèle mathématique conçu par Geoffroy Berthelot.

"Les performances sportives sont en train d'atteindre un plateau physiologique", résume-t-il.

Pour Reza Noubary, de l'Université Bloomsburg de Pennsylvanie (Etats-Unis), le 100 m masculin, considéré comme le maître-étalon de la vitesse et de l'accélération chez l'espèce humaine, ne peut être couru en moins de 9,4 secondes.

"Les données suggèrent que la progression enregistrée dans la vitesse humaine est en train de ralentir, et qu'elle finira par stopper complètement", dit-il.

Telle est du moins la prédiction mathématique, avec une probabilité de 90%, tempère le chercheur.

De tels modèles ne prennent pas en compte l'émergence de sprinteurs hors norme, comme le Jamaïquain Usain Bolt, recordman du 100 m (9.58).

"Personne ne peut prédire l'étendue de la bizarrerie en matière de talent athlétique", souligne M. Noubary.

Selon lui, "Bolt en est le parfait exemple, car il combine les avantages mécaniques du corps des hommes de grande taille avec les fibres musculaires rapides des hommes plus petits".

Le chercheur a également calculé que le record de la longueur (8,95 m) détenu depuis 21 ans par l'Américain Mike Powell, devrait tenir jusqu'aux environs de 2040.

"Oui, nous pouvons prédire les limites", assure Steve Haake. Si elles ne seront "probablement pas" atteintes d'ici cinq ou dix ans, "dans cinquante ans, on en sera très, très proche", dit-il.

La comparaison peut choquer mais est parlante: la vitesse des lévriers ou des chevaux de course n'a pas progressé depuis 40 à 60 ans malgré une sélection génétique acharnée et le recours au dopage, relève Mark Denny, mathématicien à l'Université de Stanford.

Mais d'autres scientifiques veulent croire que les athlètes continueront à repousser les limites et à battre des records, ne serait-ce que d'un cheveu.

"Imaginez ce qui se passerait si nous décidions de mesurer les performances au millième de seconde", lance Ian Ritchie, de l'Université canadienne de Brock.

Et de rappeler les prédictions maintes fois démenties par le passé.

Jusqu'à ce que le Britannique Roger Bannister ne réalise cet exploit en 1954, "beaucoup estimaient qu'il était théoriquement impossible de courir un mile (1,6 km) en moins de quatre minutes", note Ian Ritchie.

Certains prédisaient même que les poumons exploseraient sous l'effort.

Le record actuel est de 3 min 43 s 13/100.

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