Refonte de la carte électorale: l'Est du Québec se mobilise contre la disparition d'un de ses comtés fédéraux

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OTTAWA PARLIAMENT
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OTTAWA - L'Est du Québec n'entend pas voir disparaître sans broncher l'une de ses circonscriptions fédérales et la région commence à s'organiser pour éviter l'amputation.

La Gaspésie et le Bas-St-Laurent sortent grands perdants de la proposition de la commission indépendante chargée de redécouper la carte électorale fédérale au Québec, avec un comté en moins, au profit de la région de Montréal.

Le député bloquiste de Haute-Gaspésie-La Mitis-Matane-Matapédia, Jean-François Fortin, espère mettre sur pied une coalition large et non-partisane en faveur du maintien des frontières actuelles.

Cette coalition aurait pour objectif de faire «entendre raison» à la commission qui tiendra des audiences publiques sur la question un peu partout au Québec, mais aussi à se «faire entendre» tout court, avec l'organisation de manifestations lors du passage de la commission.

«Par la disparition d'un comté, c'est le poids politique de toute la région qui diminue», a indiqué M. Fortin, parce qu'à son avis, il serait «humainement quasi irréalisable» de bien desservir un comté aussi vaste que celui proposé par la commission indépendante.

Le député s'est donc mis à lancer des perches auprès des organismes sociaux de la région, recueillir des commentaires de citoyens et alerter les municipalités pour organiser un front commun. Le fait que l'ébauche de la commission soit préliminaire lui permet d'estimer qu'il a des chances de la faire changer d'idée.

«On a de l'espoir. Ce n'est pas une bataille qui est perdue d'avance. Est-ce que c'est une bataille qui va être facile, menée sans embuche? Je ne crois pas», a-t-il lancé.

En entrevue, le maire de Rimouski et président de l'Union des municipalités du Québec, Éric Forest, a indiqué pour sa part qu'il pourrait bien se joindre à la mobilisation. Il a déploré la «logique de calculatrice» prévalant à la commission, selon laquelle seul le nombre d'électeurs compte, en dépit des réalités régionales.

«On peut comprendre qu'il faut qu'il y ait une certaine équité entre le nombre d'électeurs représentés, mais il faut aussi qu'il y ait une équité au niveau de l'accessibilité (des électeurs auprès de leur député)», a-t-il signalé.

La participation du Nouveau Parti démocratique (NPD) à cette coalition n'est cependant pas assurée. Les trois autres comtés de l'Est du Québec sont détenus par des néo-démocrates qui se sont positionnés par le passé contre la perte d'une circonscription. Cependant, le NPD souhaite désormais que ces trois députés —Guy Caron, Philip Toone et François Lapointe — étudient la proposition de la commission en profondeur avant de se prononcer à nouveau.

«Comme tous les députés, il vont très certainement se pencher sur cette proposition concrète, en mesurer les impacts, aller consulter leur population et revenir avec des recommandations», a indiqué Robert Aubin, président du caucus québécois du parti.

Comtés démesurés

Tous les 10 ans, à l'issue du recensement, le Canada revoit sa carte électorale pour qu'elle reflète la réalité démographique sur le terrain. Autant que possible, elle tente de faire en sorte que chaque comté ait en moyenne environ 100 000 habitants.

Or, avec la disparition du comté de Haute-Gaspésie-La Mitis-Matane-Matapédia et la répartition de ses électeurs dans les trois autres circonscriptions de l'Est de Québec, ces dernières deviendraient les plus populeuses de tout le Québec.

Ainsi, la nouvelle circonscription de Rimouski abriterait pas moins de 112 450 personnes, et celles de Gaspésie—Les Îles, 111 761 personnes. Dans Elzéar-Bernier, qui comprendrait les municipalités de Kamouraska, L'Islet Montmagny et Témiscouata, le nombre de résidents s'élèverait à 111 239.

«On va se retrouver avec des circonscriptions qui ont à la fois un grand nombre d'électeurs à desservir — donc des besoins nombreux — et un (vaste) territoire», a soulevé M. Fortin.

Ottawa a augmenté le nombre total de circonscriptions pour le prochain scrutin fédéral. La Colombie-Britannique et l'Alberta ont tous deux gagné six sièges, et l'Ontario s'est vu désigner 15 sièges supplémentaires. Le Québec a obtenu trois sièges de plus, qui seront distribués dans les couronnes nord et sud de Montréal.