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A Paris, Tlass critique le pouvoir syrien et appelle à la "transition"

17/07/2012 12:55 EDT | Actualisé 16/09/2012 05:12 EDT

Le général Manaf Tlass, plus haut gradé syrien ayant fait défection et proche de Bachar al-Assad, a appelé mardi à la "transition" dans son pays, en accusant le pouvoir d'être responsable de la crise et en exprimant sa "colère" vis-à-vis de l'armée.

Dans une déclaration transmise à l'AFP et signée "général Manaf Tlass, Paris, le 17 juillet 2012", il confirme les rumeurs selon lesquelles il avait rejoint des membres de sa famille dans la capitale française. Dans ce texte, il reproche au "pouvoir" syrien de porter "la part majeure de la responsabilité" dans la crise actuelle.

"Je souhaite vivement que le sang cesse de couler et que le pays sorte de la crise au travers d'une phase de transition constructive qui garantisse à la Syrie son unité, sa stabilité et sa sécurité ainsi que les aspirations légitimes de son peuple", écrit Manaf Tlass.

"Je suis prêt comme n'importe quel Syrien, sans autre ambition, à remplir pleinement mon devoir de citoyen pour contribuer à un meilleur avenir pour mon pays, autant que je le peux, et à l'instar de tous ceux qui recherchent une solution conforme aux aspirations de ce peuple qui a déjà consenti beaucoup de sacrifices", ajoute-t-il.

Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius avait indiqué la semaine dernière que Manaf Tlass était en "contact" avec les opposants syriens dont de nombreux se trouvent à Paris. Mais dans cette déclaration, il n'annonce pas explicitement un ralliement à l'opposition, pas plus qu'il n'appelle au départ de Bachar al-Assad.

Fils du général Moustapha Tlass, ancien ministre de la Défense et ami de longue date de Hafez al-Assad, le père de l'actuel chef de l'Etat, Manaf Tlass a fait partie de la "nomenklatura" syrienne et a été l'ami d'enfance de l'actuel président, Bachar al-Assad.

Général dans la Garde républicaine, une unité d'élite chargée de la protection du régime, cet homme d'une cinquantaine d'années originaire de Rastane dans la province de Homs (centre) avait été écarté il y a plus d'un an de ses responsabilités, car jugé peu fiable, selon une source proche du pouvoir syrien.

"Je ne peux qu'exprimer ma colère et ma douleur de voir l'armée poussée à mener un combat contraire à ses principes, un combat dirigé par les forces sécuritaires dont le peuple, y compris les soldats, est la victime", poursuit l'officier supérieur.

Plus de 17.000 personnes ont été tuées en Syrie dans la répression et les violences depuis le début de la contestation en mars 2011 selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

La défection de Manaf Tlass avait été interprétée par Paris et Washington comme un revers important pour le régime de Damas. Le Conseil national syrien (qui rassemble la majeure partie de l'opposition) avait parlé d'un "coup énorme" pour le régime.

Mais ensuite les rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL) avaient critiqué son silence.

Dans sa déclaration Manaf Tlass tente de s'expliquer. "Les circonstances compliquées de ma sortie de Syrie expliquent le retard pris pour publier ce communiqué", écrit-il.

Puis il évoque son rôle dans l'armée et les circonstances qui ont mené à sa défection.

"Fidèle à mon pays et mes conviction, j'ai sans cesse essayé durant les 18 derniers mois de faire mon devoir malheureusement sans succès. Je n'ai pas été complaisant avec le régime, je n'ai accepté ni participé à une option qui a mené le pays à la situation tragique actuelle", affirme-t-il.

Manaf Tlass avait tenté sans succès des missions de conciliation entre le pouvoir et les rebelles à Rastane et à Deraa (sud), selon une source proche du pouvoir.

Selon une autre source à Damas sa rupture avec le pouvoir avait été consommée avec le refus du général Tlass de prendre la tête de l'unité chargée de l'offensive en février-mars contre Baba Amr, un quartier de Homs contrôlé par les rebelles. Bachar al-Assad l'aurait ensuite mis à l'écart.

Selon cette source, Manaf Tlass a choisi de partir, furieux, après le refus de Bachar al-Assad de le faire passer du grade de général de brigade à celui de général de division lors de la promotion militaire annuelle annoncée chaque 1er juillet.

Il prend la parole alors que la révolte contre le régime syrien connaît un tournant avec de violents combats entre l'armée, appuyée par des blindés, et les rebelles à Damas.

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