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16/07/2012 09:18 EDT | Actualisé 15/09/2012 05:12 EDT

Tunisie: le congrès des islamistes s'éternise

Le congrès des islamistes au pouvoir en Tunisie doit s'achever lundi soir après cinq jours de débats parfois houleux, tandis qu'un compromis flou a été annoncé sur le sujet clé de la future Constitution tunisienne.

Les 1.103 délégués devaient à l'origine conclure dimanche, mais des discussions longues et difficiles à huis clos ont forcé le parti Ennahda à prolonger d'une journée ce rassemblement présenté comme historique, ont indiqué des congressistes à l'AFP, évoquant un conflit de générations.

S'ils ont validé une stratégie "centriste" et "modérée" ainsi que les alliances politiques du mouvement et son programme économique, le contenu de ces motions n'a pas été rendu public.

Après de longs débats à huis clos, Ennahda a fini aussi par adopter une position sur la nouvelle loi fondamentale de la Tunisie en cours de rédaction et qui réaffirme son engagement pour un régime parlementaire.

Mais comme les deux alliés de centre-gauche des islamistes à l'Assemblée nationale constituante (ANC) réclament un système aménagé pour laisser d'importantes prérogatives au chef de l'Etat, un haut responsable du parti a indiqué qu'un compromis sur la question était possible.

"Les congressistes (d'Ennahda) ont voté à une majorité écrasante pour un régime parlementaire" pur, a déclaré le président du Congrès et ministre de la Santé, Abdelatif Mekki.

"Nous considérons qu'un régime parlementaire garantit le mieux la démocratie. Mais nous sommes ouverts pour un consensus à l'ANC", a déclaré ensuite à l'AFP Rafik Abdessalem, le ministre des Affaires étrangères et gendre du chef historique d'Ennahda, Rached Ghannouchi.

L'ANC doit aboutir à un projet de Constitution à l'automne pour la tenue d'élections générales en mars. Les islamistes, forts d'une victoire aux élections d'octobre, les premières après la révolution de 2011, y sont le principal parti mais ne disposent pas d'une majorité pour imposer leurs vues.

Dernier point à l'ordre du jour du Congrès, les délégués d'Ennahda doivent élire lundi le parlement du parti, le Majlis al Choura, et leur président, poste que devrait conserver, sauf surprise, Rached Ghannouchi, qui a vécu en exil vingt ans durant.

Selon M. Mekki, douze personnalités sont en lice dont les représentants de l'aile dure, Sadok Chourou et Habib Ellouze. Les résultats sont attendus vers 20H00 GMT.

Ennahda s'est fixé pour objectif d'être une formation de consensus mais doit concilier les modérés et les tenants d'une ligne plus radicale, qui seraient minoritaires.

Le congrès, qui se tient au Kram en banlieue nord de Tunis, est le premier en Tunisie depuis 1988. Violemment réprimé jusqu'à la chute du régime de Ben Ali, Ennahda s'est imposé après la révolution comme le principale parti du pays.

Sur les réseaux sociaux, des Tunisiens se moquaient de ce rassemblement dont la conclusion ne cesse d'être repoussée, certains le comparant avec malice au conclave élisant le pape.

"On attend encore la fumée blanche? #cnahdha #conclave", s'amuse @out_rage.

L'opposition parlementaire soupçonne Ennahda de tentations hégémoniques, craint une islamisation rampante du pays et réclame un gouvernement d'union nationale.

Ennahda est notamment accusé de manquer de fermeté face aux salafistes responsables de plusieurs coups d'éclat ces derniers mois.

Le Congrès pour la République (CPR) et Ettakatol, les deux alliés de centre-gauche d'Ennahda au gouvernement, jugent pour leur part que le mouvement islamiste a intégré les principes républicains.

Ainsi, ce parti a renoncé à faire inscrire expressément la charia --la loi coranique-- dans la Constitution.

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