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16/07/2012 05:59 EDT | Actualisé 15/09/2012 05:12 EDT

Des désaccords allongent le congrès des islamistes au pouvoir en Tunisie

Le congrès des islamistes au pouvoir en Tunisie se poursuivait lundi pour une cinquième journée, alors que les débats, parfois houleux, sur la stratégie du parti Ennahda n'ont pas encore dégagé un consensus général sur le sujet clé de la future Constitution.

Les 1.103 délégués ont débattu toute la nuit de dimanche à lundi et ont trouvé un compromis sur la stratégie "centriste" et "modérée" du mouvement, ainsi que sur son programme économique. Le contenu des motions n'a cependant pas été publié.

Les discussions, qui se tiennent à huis clos, achoppent en revanche toujours sur la position d'Ennahda concernant la nouvelle loi fondamentale de la Tunisie en cours de rédaction.

Prévu à l'origine pour durer jusqu'à dimanche, le congrès a été prolongé et une conférence de presse est prévue à 16H00 GMT lundi.

Le parti, principale force politique de Tunisie, a jusqu'à présent milité pour un système parlementaire pur, mais il pourrait être contraint de revoir sa copie faute d'une majorité suffisante à l'Assemblée nationale constituante (ANC).

En effet, les deux formations de centre-gauche alliées aux islamistes au gouvernement rejettent catégoriquement cette position, insistant sur un régime mixte laissant des prérogatives au chef de l'Etat.

"On est resté (à débattre toute la nuit, ndlr), on a tardé à cause de ce point", a indiqué à l'AFP un délégué de Ennahda, sous le couvert de l'anonymat, précisant que la question n'était pas tranchée et qu'elle pourrait même être reportée à plus tard.

L'ANC doit aboutir à un projet de Constitution à l'automne pour la tenue d'élections générales en mars. Ennahda, fort de sa victoire aux élections d'octobre, les premières après la révolution de 2011, y est le principal parti mais ne dispose pas d'une majorité pour imposer ses vues.

Des délégués du congrès, sous le couvert de l'anonymat, ont fait état de débats houleux, en particulier entre les anciens et la nouvelle génération, mais ils n'ont pas voulu préciser la nature et l'ampleur des désaccords.

Le congrès, qui se tient au Kram en banlieue nord de Tunis, doit encore élire le parlement du parti, le Majlis al Choura, et le chef d'Ennahda, poste que devrait conserver, sauf surprise, Rached Ghannouchi, son dirigeant historique revenu après la chute du régime de Ben Ali et 20 années d'exil.

Des délégués ont indiqué à l'AFP que huit candidats étaient en lice, des figures historiques du mouvement.

Parmi eux, le ministre de l'Intérieur, Ali Larayedh et des cofondateurs du parti, Sadok Chourou et Salah Karkar, ainsi qu'Abdelfattah Mourou, écarté du mouvement au début des années 1990 mais qui s'est réconcilié au congrès avec M. Ghannouchi.

Sur les réseaux sociaux, des Tunisiens se moquaient d'un congrès dont la conclusion ne cesse d'être repoussée, certains le comparant avec malice au conclave élisant le pape.

"On attend encore la fumée blanche? #cnahdha #conclave", s'amuse @out_rage.

Ennahda s'est fixé pour objectif d'être une formation de consensus mais doit concilier les modérés et les tenants d'une ligne plus radicale, qui seraient minoritaires.

L'opposition parlementaire accuse pour sa part ce parti de tentations hégémoniques, craint une islamisation rampante du pays et réclame un gouvernement d'union nationale.

Ennahda est notamment accusé de manquer de fermeté face aux salafistes responsables de plusieurs coups d'éclat ces derniers mois.

Le Congrès pour la République (CPR) et Ettakatol, les deux alliés de centre-gauche d'Ennahda au sein du gouvernement, jugent pour leur part que le parti islamiste a intégré les principes républicains.

Ainsi, Ennahda a renoncé à faire inscrire expressément la charia --la loi coranique-- dans la Constitution.

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