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16/07/2012 10:30 EDT | Actualisé 15/09/2012 05:12 EDT

Dans le Djebel Wastani, le futur incertain des "soldats du prophète Mahomet"

"Voilà un mois qu'on est encerclés dans le Djebel Wastani" par les chars du régime syrien, confie Abou Saïd, charismatique chef rebelle dans le nord-ouest de la Syrie. "Si on doit mourir, on mourra, Inch Allah", sourit-il dans sa longue barbe noire.

Son groupe de 15 combattants sunnites, en majorité de jeunes militaires déserteurs, se fait appeler "les soldats du prophète Mahomet". Equipés d'armes légères, ils combattent l'infanterie gouvernementale dans les petites montagnes surplombant la ville de Jisr al-Choughour (256 km au nord de Damas).

Mais le futur s'annonce incertain.

"La situation est compliquée ici", dans la province d'Idleb, "parfois c'est l'armée qui contrôle, parfois c'est l'Armée syrienne libre (ASL). "Dans le Djebel Wastani, on tient l'essentiel de la zone", explique un "soldat du prophète", Abou Steyf de son nom de guerre.

Lui a déserté il y a cinq mois seulement: "Mon petit frère allait aux manifestations contre le régime. L'armée d'Assad, venue l'arrêter, ne l'a pas trouvé. Du coup ils ont tué mon grand frère".

Comme ses compagnons d'armes, des jeunes souvent tatoués, certains barbus, quelques-uns encore adolescents, il se battra "jusqu'à la mort". Celle-ci semble plus proche chaque jour: la zone est cernée par des chars et comme ailleurs dans le pays, les bombardements se font ces derniers jours de plus en plus violents et fréquents.

"On peut affronter l'infanterie sans problème avec nos armes, mais pas les blindés", déclare leur chef de 36 ans, Abou Saïd, révolutionnaire de la première heure - "depuis mars 2011", selon lui.

Vêtu d'une abaya blanche brodée, kalachnikov et holster avec un pistolet et deux chargeurs à l'épaule, il n'appréhende pas le ramadan proche dans la chaleur et les combats: "ça nous rendra plus fort", assure-t-il, "car notre foi se renforce".

L'homme est un survivant: quatre balles dans le corps en juin 2011 pendant une manifestation - "c'est à ce moment qu'on a pris les armes" - qui lui ont laissé un bras quasi mort et une plaque dans le tibia, et il a échappé il y a cinq jours à une embuscade de l'armée - "ma voiture a pris 25 balles, mais elles ont du mal à m'atteindre, je suis trop maigre", rigole-t-il.

Dès qu'il paraît avec son regard noir intense dans le petit village montagnard blanchi par le soleil où ses "soldats" ont pris leurs quartiers, la population l'entoure, cherchant des solutions à ses problèmes - évacuation de blessés, nourriture (rare), eau (rationnée), électricité (intermittente), essence (frelatée)...

Dans la sordide petite maison de béton entourée d'ordures où tout le groupe vit et dort à même le sol, retentit de la musique palestinienne chantant les louanges des martyrs tombés contre Israël.

"Les soldats du prophète Mahomet" ont gardé leurs habitudes militaires: lundi, l'un d'eux est puni et pleure, menotté dans le dos. "Il a créé un problème", éludent ses compagnons.

En dépit de leur nom, les combattants, dont peu prient, ne semblent pas obnubilés par la religion. Amar Jaffar, crâne rasée et longue barbe fait rire tout le monde en insultant Bachar Al-Assad en des termes qui n'ont rien de pieux.

Ces rebelles vivent de ce que la population leur donne. "Des médicaments nous parviennent de Turquie. Pour les armes, on les prend sur les soldats qu'on capture. Et ensuite... on les relâche", dit Abou Saïd avec un sourire cruel semblant contredire ses propos.

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