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Damas en guerre, tournant dans la révolte contre le pouvoir d'Assad

16/07/2012 09:51 EDT | Actualisé 15/09/2012 05:12 EDT

La révolte contre le régime syrien a connu un tournant avec pour la première fois de violents combats lundi entre l'armée, appuyée par des blindés, et les rebelles à Damas, symbole du pouvoir du président Bachar al-Assad.

Les rebelles ont affirmé contrôler deux quartiers, Midane et Tadamoun, dans le sud et l'est de la capitale, mais l'AFP n'était pas en mesure de vérifier ces informations.

Les combats se sont étendus à Khaled ben el-Walid, une grande artère qui relie Midane au centre de la capitale ainsi que dans les quartiers périphériques de Aasali (sud), Barzé (nord-est), Qaboun et Jobar (est), Kafar Soussé (ouest), Qadam, Nahr Aïché (sud), hostiles au régime.

Alors que le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a estimé que la Syrie était désormais en situation de guerre civile, des vidéos de militants ont montré de véritables batailles à Damas, avec des hommes en train de tirer des RPG derrière des sacs de sable.

Sept personnes, dont six civils, ont péri dans les violences dans les quartiers de Midane, Tadamoun et Aïché, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

"L'armée n'est plus présente dans les quartiers de Tadamoun et de Midane. Elle bombarde de l'extérieur", a affirmé Ahmad al-Khatib, porte-parole du conseil militaire de l'Armée syrienne libre (ASL) pour la région de Damas.

"Plusieurs zones de ces quartiers sont des ruelles étroites, ce qui fait que c'est difficile pour l'armée d'entrer", a-t-il expliqué, soulignant que le régime était désormais "sur la défensive".

La capitale était jusqu'à présent ultra-sécurisée et contrôlée principalement par la quatrième division du premier corps d'armée dirigée par Maher al-Assad, le frère du chef de l'Etat.

L'ASL, composée notamment de déserteurs, est faiblement équipée face à la puissance de feu de l'armée régulière, mais est plus mobile et bénéficie de l'aide d'une partie de la population.

"Midane est sous le contrôle de l'ASL. C'est le début de la fin", a affirmé un autre militant à Tadamoun qui se fait appeler Jacob Hussein. Selon lui, électricité, eau et communications sont coupés actuellement à Tadamoun.

L'OSDH avait rapporté plus tôt dans la journée que des blindés et des transports de troupes avaient pris position pour la première fois à Midane.

"La révolution s'étend et resserre l'étau autour du régime dans des zones où il se sentait à l'abri de la colère du peuple", avait réagi l'opposition dimanche.

Le quotidien al-Watan, proche du régime, titrait lundi à l'adresse des opposants, "Damas, vous ne l'aurez jamais". "Les forces de sécurité, aidées par l'armée, attaquent depuis 48 heures les groupes terroristes qui tentent de se retrancher dans les quartiers périphériques", a-t-il indiqué.

L'OSDH a qualifié les combats à Damas de "tournant". "Quand des combats se poursuivent dans la capitale pendant des heures, voire des jours, et que les troupes régulières n'arrivent pas à contrôler la situation, cela illustre la faiblesse du régime", a commenté son président Rami Abdel Rahmane.

"Ce sont les premiers combats de ce genre à Damas. Le 15 juillet marque un tournant dans la révolution syrienne", a déclaré pour sa part à l'AFP un militant à Damas, "Abou Moussab".

Au total, 67 personnes -- 32 civils, 21 soldats et 14 rebelles -- ont péri à travers le pays.

Face aux violences qui ont fait plus de 17.000 morts, en majorité des civils, en 16 mois, le Maroc a déclaré l'ambassadeur de Syrie à Rabat "persona non grata" et l'a prié de "quitter le royaume". Damas n'a pas tardé à riposter en déclarant comme tel l'ambassadeur du Maroc, qui avait quitté le pays il y a plusieurs mois.

Pour sa part, l'Union européenne se prépare à adopter la semaine prochaine de nouvelles sanctions contre le régime, le 16e depuis le début de la répression du soulèvement en mars 2011.

En Russie, principal allié du régime, le chef de la diplomatie Sergueï Lavrov a estimé que M. Assad "ne partira pas", non pas parce que Moscou l'appuie, "mais simplement parce qu'une part tout à fait significative de la population de la Syrie le soutient".

Il a par ailleurs accusé les Occidentaux d'exercer un "chantage" pour forcer Moscou à accepter des sanctions du Conseil de sécurité contre Damas.

La Russie bloque depuis vendredi un projet de déclaration du Conseil de sécurité condamnant l'utilisation par les forces syriennes d'armes lourdes à Treimsa, où ont péri des dizaines de personnes le 12 juillet.

Mardi, le président russe Vladimir Poutine doit rencontrer l'émissaire international Kofi Annan dans une tentative de relancer son plan de paix, resté lettre morte.

Face à l'intransigeance de la Russie, l'ex-ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a dénoncé une "attitude criminelle". L'actuel chef de la diplomatie, Laurent Fabius, a estimé pour sa part qu'en cas de départ de M. Assad, le nouveau régime dans le pays multiconfessionnel devra respecter toutes les communautés, y compris celle dont est issu M. Assad.

Enfin, le Centre de Coordination des affaires humanitaires de l'ONU a accusé Damas d'être responsable d'une "politique d'obstruction massive" qui empêche d'aider quelque 850.000 personnes dans le besoin en Syrie.

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