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Tour de France - Raymond Poulidor, roi du village

15/07/2012 08:28 EDT | Actualisé 14/09/2012 05:12 EDT

A 76 ans, Raymond Poulidor, "l'éternel deuxième" du Tour de France, jouit encore d'une incroyable popularité: assis au stand LCL du village-départ, il voit défiler chaque matin des bataillons d'admirateurs de tous âges en quête d'un autographe ou d'une photo souvenir.

"Le jour où je ne serai plus connu dans la rue, où on ne criera plus +Poupou+, +Poulidor+ au bord des routes, je pense que je vais souffrir", confie l'ancien coureur français.

"J'ai fait mon dernier Tour en 1976, mais toujours on m'encourage comme si j'étais sur la course", sourit-il.

Depuis 1976, comme consultant ou ambassadeur pour diverses marques, il n'a raté qu'une édition, en 1987, suite à la faillite d'une radio pour laquelle il devait suivre la course. "C'est mon 49e Tour. J'ai fait mon premier il y a cinquante ans, en 1962", précise-t-il.

En 14 Tours, le coureur du Limousin n'a jamais porté le maillot jaune et terminé trois fois deuxième (1964, 1965, 1974) et cinq fois troisième (1962, 1966, 1969, 1972, 1976).

"Attendez ! C'est un grand champion", s'emporte un admirateur, la quarantaine. "Deuxième du Tour, je ne pourrais pas le faire. Et il a gagné plein d'autres courses", souligne-t-il, en référence à ses victoires sur le Tour d'Espagne, Paris-Nice, Milan-Sanremo, la Flèche Wallonne ou le Dauphiné.

Retraité depuis cinq ans, le Tour de France est le moment-phare de l'année pour Raymond Poulidor. Trois semaines durant, il devient le roi du village-départ où se retrouvent chaque matin suiveurs et invités.

Tous les jours, il enfile sa chemise jaune et signe pratiquement sans interruption pendant plus de deux heures des cartes à son effigie, pose pour des photos souvenir. Il prend ensuite le parcours de l'étape dans une voiture avec les invités de la banque partenaire. "Même pour manger, on est obligé d'aller dans un endroit où il n'y a personne, sinon c'est l'émeute", explique-t-il.

"Chez les gens de ma génération, je vois le bonheur que je procure, certains ont une petite larme. On me dit: +Vous auriez dû gagner un, deux, trois Tours de France+, on me parle d'Anquetil (son rival de l'époque, ndlr)... Et les grands-parents me présentent à leur petit-fils en disant: +C'est le coureur qui a toujours fait deuxième+", raconte-t-il.

"Tous les jours, on parle de Poulidor: il y a un Poulidor de la politique, de la boxe, de l'école... Je suis devenu un nom commun, comme Frigidaire, s'amuse-t-il. Mais les jeunes ne savent pas qui c'est: c'est un chanteur ? un écrivain ?"

Christian Plitt, 47 ans, voulait que son fils de 9 ans voit Poulidor. Cet Allemand passionné de vélo de passage sur le Tour l'a emmené voir "en vrai une figure de l'histoire du cyclisme" qu'il lui a montrée sur YouTube.

"En Allemagne, on a aussi un coureur célèbre pour être deuxième, Jens Voigt, mais ça n'enlève rien à sa valeur", assure-t-il en quittant le stand LCL, théâtre de ce défilé permanent.

"C'est quelqu'un d'incontournable. Il fait l'unanimité par son parcours sportif, sa personnalité, son accessibilité...", souligne Sophie Moressée-Pichot, responsable marketing de l'entreprise dont il est l'ambassadeur depuis 12 ans.

En trois semaines, Poulidor signe "des milliers" de cartes postales.

"Sur le Tour 1971, avec RTL, on s'était amusé à compter le nombre de photos que j'avais signées et la longueur de ma signature, raconte l'ancien coureur. Et j'avais fait pour 2.800 mètres de signature".

sva/jm/bvo

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