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Pas de massacre à Treimsa selon Damas, pilonnage meurtrier des fiefs rebelles

15/07/2012 07:33 EDT | Actualisé 14/09/2012 05:12 EDT

Le régime syrien a démenti avoir perpétré un massacre à Treimsa, où les observateurs de l'ONU déployés en Syrie se sont de nouveau rendus dimanche, tandis que les raids meurtriers s'intensifiaient contre les fiefs rebelles.

Accusé par l'émissaire international Kofi Annan d'avoir utilisé l'artillerie lourde à Treimsa, sur la base des conclusions des observateurs, Damas a nié tout recours aux hélicoptères ou aux chars dans son opération contre des "terroristes" dans cette localité du centre du pays.

L'armée a "utilisé des transports de troupes de type BMB, des armes légères dont des RPG (...) Parler de recours à l'artillerie lourde est totalement infondé", a affirmé Jihad Makdessi, parole-parole des Affaires étrangères.

Estimant que M. Annan s'était "précipité" et ne s'était pas "basé sur les faits", il a assuré qu'il n'y avait "pas eu de massacre" à Treimsa et que seuls cinq bâtiments avaient été attaqués.

"Ce n'était pas une attaque de l'armée contre des civils, mais des combats entre l'armée régulière et des groupes armés", a-t-il insisté, faisant état d'un total de 39 morts, dont deux civils.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), bombardements et combats ont fait jeudi à Treimsa plus de 150 morts, dont des dizaines de rebelles. Certains ont été "exécutés sommairement" ou tués en tentant de fuir, et une trentaine de cadavres ont été brûlés.

L'opposition syrienne et une partie de la communauté internationale avaient qualifié de "massacre" l'opération de Treimsa.

Selon M. Makdessi, "des groupes terroristes ont envahi le village, y ont installé des sièges de commandement et y ont terrorisé et torturé les habitants". De plus, une grande quantité d'armes a été saisie.

Samedi, après une première journée d'enquête à Treimsa, les observateurs de l'ONU avaient affirmé que "de nombreux types d'armes" avaient été utilisés, en particulier "de l'artillerie, des obus de mortiers et des armes légères".

Selon eux, l'opération a visé des maisons de militants et de déserteurs. "Il y avait des mares de sang (...) dans plusieurs maisons, de même que des douilles", a expliqué Sausan Ghosheh, porte-parole de la mission.

"L'équipe de l'ONU a pu voir une école brûlée et des maisons endommagées, avec des traces d'incendie dans cinq d'entre elles", a-t-elle ajouté.

Depuis le début il y a 16 mois de la révolte populaire qui s'est militarisée face à la répression sanglante, le régime dit combattre des "groupes terroristes" financés par l'étranger. La répression et les combats ont fait 17.000 morts, en majorité des civils, selon l'OSDH.

Dimanche, les violences ont fait au moins 55 morts --25 civils, 12 combattants rebelles et 18 soldats--, au lendemain de la mort de 115 personnes, selon l'OSDH, qui s'appuie sur un réseau de militants, dont des médecins et des avocats. Parmi les victimes figurent quatre civils tués par un obus qui s'est abattu sur leur maison à Rastane (centre), selon l'OSDH.

Les militants ont diffusé des images de personnes évacuant des décombres le corps inerte d'une fillette, le visage en sang. "Regardez, celui-là est encore vivant, mon Dieu, aidez-nous", crie quelqu'un en montrant d'autres corps recouverts de poussière.

Après les bombardements intensifs des derniers jours, des résidents de Qousseir, contrôlée depuis des mois par l'Armée syrienne libre (ASL, essentiellement composée de déserteurs), ont foré des abris dans leurs propres maisons ou commerces.

Dans son atelier de pneus, Abou Abdo a creusé un refuge pouvant abriter 30 personnes. "Cela nous a pris une quinzaine de jours, nous étions 10 personnes à travailler pendant plus de 12 heures", a-t-il expliqué à l'AFP.

"Il y aura une douzaine d'abris dans toute la ville", a indiqué Hussein, un militant. "Avant, on s'abritait dans le sous-sol d'une école, mais les gens étaient tués avant d'y arriver".

A Damas, les forces du régime bombardaient les quartiers al-Tadamone et Hajar Assouad, au milieu de tirs nourris, selon l'OSDH alors que des militants ont évoqué des "chars entrant dans le quartier al-Tadamone et des combats".

Dans l'espoir de redonner un élan diplomatique à son plan de paix, qui n'a jamais eu d'effet sur le terrain, Kofi Annan est attendu lundi à Moscou, où il doit rencontrer mardi le président russe Vladimir Poutine, selon le Kremlin.

La Russie résiste fermement à toute intervention extérieure en Syrie et a bloqué jusqu'à présent tout projet de résolution condamnant la répression.

Une visite de Ban Ki-moon est prévue aussi la semaine prochaine en Chine, autre soutien de Damas auquel le secrétaire général de l'ONU a demandé "d'user de son influence" pour faire appliquer le plan Annan.

L'Iran, principal allié de Damas dans la région, s'est dit prêt à organiser à Téhéran une rencontre entre gouvernement syrien et opposition.

A New York, le blocage reste total entre pays occidentaux et Russie, les deux parties s'opposant sur deux projets de résolution au Conseil de sécurité de l'ONU, l'un menaçant Damas de sanction et l'autre non.

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