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JO-2012 - Australie: soigner le corps et l'esprit, ou l'art de rester zen

14/07/2012 04:09 EDT | Actualisé 12/09/2012 05:12 EDT

Pour chasser ses démons qui l'empêchaient de sauter, l'Australien Steve Hooker, champion olympique de la perche, s'est entraîné seul ou presque dans un vieux hangar à locomotives, musique électro à fond, et a décroché son billet pour les JO de Londres.

"Il y a encore quelques années, l'aspect psychologique était négligé, maintenant c'est un outil supplémentaire dans l'outillage d'un athlète", explique Matt Favier, directeur de l'Institut australien des Sports (AIS), un organisme financé sur fonds publics.

L'exemple de Steve Hooker est caractéristique de la crise de confiance que rencontrent parfois les sportifs de haut niveau. Et cet éloignement volontaire était une tentative de la part du perchiste de fuir le regard insistant du grand public qui a suivi sa chute de forme après une blessure à un genou.

"La confiance m'a quitté, cette confiance dont j'ai besoin pour entamer ma course d'élan, planter ma perche et voler à près de 6 m de haut", reconnaissait Hooker en février: "Parfois je cours et je n'arrive tout simplement pas à décoller, c'est aussi simple que ça".

Quelques semaines plus tard, en juin, Hooker avait surmonté son mal, franchissant enfin cette barre à 5,72 m qualificative pour Londres, dans son hangar, devant un public d'invités triés sur le volet, lors d'un concours officiel organisé pour la circonstance.

"L'assistance psychologique sert moins à identifier un problème qu'à maximiser le potentiel d'un athlète", explique Matt Favier, qui précise que tous les membres de la délégation olympique australienne se verront au parc olympique offrir le soutien d'un psychologue clinicien.

Ils pourront avec lui revenir sur leurs performances, se relaxer, prendre des conseils en terme de gestion du stress, ou encore se renseigner sur des techniques de respiration ou de gestion du sommeil.

Avec en filigrane cette idée selon laquelle soigner "le mental" est "au moins aussi important" que soigner le physique, explique Shona Halson, directrice du programme de retour à la performance au sein de l'AIS.

Pour Paul Penna, un psychologue du sport qui a accompagné l'Australie lors de deux jeux Olympiques et trois Jeux du Commonwealth, ces compétitions sont épuisantes nerveusement car elle laissent la majorité des athlètes aux prises avec l'échec.

Les JO "font ressortir le meilleur chez certains, et le pire chez d'autres, et cela uniquement à cause de la pression", a-t-il expliqué à l'AFP. "C'est parfois la chance d'une vie, et certains pensent que leur vie va se résumer à ça".

Brendan Cole, coureur de 400 m haies qualifié pour les JO de Londres, a connu l'échec et sait que c'est un défi énorme "de revenir plus fort et meilleur". Aujourd'hui, il fait de la méditation chaque jour pour se nettoyer l'esprit, et il explique signer ses meilleures courses quand "il ne pense à rien en particulier, quand il est juste question de sentir le message envoyé par le corps".

Selon Brendan Cole, la préparation mentale est trop souvent décriée par les athlètes. "Beaucoup d'athlètes, et d'entraîneurs d'ailleurs, ne respectent pas le pouvoir de l'esprit" regrette-t-il. "Gérer la pression est quelque chose qu'il faut travailler, cela ne veut pas dire être cinglé ou ne pas être cinglé, c'est juste une autre partie de l'entraînement".

Les athlètes doivent essayer de se nourrir de l'énormité de l'événement, explique Paul Penna, et surtout prendre du recul par rapport à la pression qui vient du fait de représenter son pays: "Si vous vous mettez à penser comme ça, c'est foutu".

"Les meilleurs athlètes au monde travaillent vraiment dur pour cela, pour se dire +c'est mon job, et c'est seulement un job+", précise le psychologue, selon qui le public doit se rappeler que des athlètes comme Steve Hooker sont des gens ordinaires placés dans des circonstances extraordinaires.

"Je pense qu'il est important que les athlètes soient vus comme ils sont: des gens normaux, qui ont parfois des difficultés, qui ne sont pas toujours des bons modèles".

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