Avant même son élection, François Hollande avait fait de la fête nationale un symbole de la normalisation du pouvoir qu'il entendait mener une fois à l'Elysée. "C'est un moment important pour la nation, c'est le lien réaffirmé avec l'armée et l'expression du patriotisme qui doit être le nôtre", expliquait-il pendant sa campagne.

En présidant pour la première fois ce samedi matin le traditionnel défilé militaire du 14 juillet, le chef de l'État ne manquera pas de mettre en avant ces mêmes principes qui résonnent aujourd'hui comme un appel à l'unité face à la crise qui frappe le pays.

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Car, au-delà de la force symbolique de cet héritage révolutionnaire que représente la grande fête nationale institutionnalisée par la IIIe République, le 14 juillet est également un rendez-vous à forte charge politique pour les présidents de la Ve République qui ont tous eu à coeur de marquer de leur empreinte cette date immuable par de menus ajustements hautement symboliques.

Retour sur 14 grandes premières du 14 juillet.

1959: QUAND DE GAULLE DÉFILAIT EN HABITS MILITAIRES

I. Pour le premier 14 juillet de la Ve République, l'armée mais aussi toute la Communauté française est mise à l'honneur. Fraîchement élu président par un collège de grands électeurs, Charles de Gaulle défile en habits militaires et remet un drapeau aux chefs d'Etat des douze pays de la Communauté (Côte d'Ivoire, Dahomey, Haute Volta, Mauritanie, Niger, Sénégal, Soudan, Tchad, Oubangui-Chari, Congo, Gabon, Madagascar), avant une parade militaire exceptionnelle: 14.000 hommes (trois fois plus qu'en 2012) marchent fièrement dans Paris. Tout un symbole au moment même où l'armée française patine en Algérie.

1969: POMPIDOU ENTRETIENT LA FLAMME GAULLISTE

II. Elu président de la République après le départ du général de Gaulle et l'intérim de Alain Poher, Georges Pompidou s'inscrit dans la plus pure tradition gaulliste, mais passe les troupes en revue en habit de cérémonie. La garden-party n'existe pas encore. Instauré par Charles de Gaulle, le déjeuner du 14 juillet réunit militaires et ministres autour d’une table dans les salons de l’Elysée et loin des caméras.

1974: GISCARD RÉINVENTE LA GARDEN-PARTY

III. Avide de bousculer les habitudes et de moderniser les usages, Valéry Giscard d'Estaing innove. Dès 1974, le nouveau président de la République transforme le déjeuner du 14 juillet en réception dans les jardins de l'Elysée. Ambassadeurs, militaires, personnalités politiques et journalistes sont invités à déambuler sur les gazons du Palais présidentiel.

IV. De 1974 à 1979, l'itinéraire du défilé militaire évolue et ne revient que par intermittence sur les Champs-Elysées. Bastille-République (1974), cours de Vincennes (1975), Ecole militaire (1977), République -Bastille (1979). Il faudra attendre François Mitterrand pour que le défilé retrouve son parcours initial.

V. Mais la vraie révolution intervient en 1977 lorsque VGE convie plus de 700 couples de Français en plus des officiels et des personnalités à ce qu'on appelle encore la réception de l'Elysée. Afin de faire de l'Elysée "une maison ouverte à tous", le président reçoit dans l'après-midi 13.000 personnes pour une visite des salons de la présidence.


1981: MITTERRAND INAUGURE LA GRANDE INTERVIEW TÉLÉVISÉE

VI. Premier président socialiste de la Ve République, François Mitterrand donne pour le 14-Juillet un grand entretien télévisé au cours duquel le chef de l'Etat revient sur ses deux premiers mois passés à l'Elysée. L'initiative fera date: l'interview du 14-Juillet devient un rituel qui perdurera pendant plus de 25 ans.

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François Mitterrand saluant les journalistes Jean-Marie Cavada, Bruno Masure et Yves Mourousi le 14 juillet 1981

VII. Sept ans plus tard, ce n'est pas l'interview du chef de l'Etat mais le défilé fantastique de Jean-Paul Goude, à l'occasion du bicentenaire de la Révolution française, qui marque les esprits. Face à 6000 figurants, plus de 800.000 spectateurs assistent dans les rues de Paris à la "grande parade des tribus planétaires". Une initiative osée qui rompt avec le folklore militaire habituel mais soutenu par le président de la République.

VIII. Mais déjà, l'actualité s'invite dans la désormais traditionnelle interview présidentielle du 14 juillet. Guerre en Irak (1991), affaire Tapie (1993)... Ce qui était à l'origine une opération de représentation se mue en exercice de déminage et de pédagogie politique.

1995: CHIRAC OUVRE LA GARDEN-PARTY AUX JEUNES

IX. Dès son élection, Jacques Chirac veut faire un geste envers la jeunesse qui l'a porté à l'Elysée. 4000 jeunes sont invités à la garden-party afin de dépoussiérer une réception aux allures monarchiques. Le style de l'interview télévisée est lui aussi lissé afin de rompre avec la solennité des dernières années Mitterrand.

X. La dimension festive de la garden-party atteint son paroxysme après la victoire des Bleus en finale de la Coupe du Monde 1998. Jacques Chirac, empêtré dans la cohabitation, saisit la balle au bond pour s'afficher aux côtés de l'équipe de France et célébrer la France "métissée".

XI. Mais les affaires reprennent vite. Et le président de la République profite à deux reprises de l'interview du 14-Juillet pour répondre aux questions embarrassantes, notamment sur le coût de ses vacances. Le "pschitt" de Jacques Chirac immortalise son entretien télévisé.

2007: SARKOZY ACTE LA RUPTURE

Nicolas Sarkozy 14 07 07 concert polnareff par Sarkozy4Life

XII. Désireux de rompre avec un exercice jugé "convenu", Nicolas Sarkozy décide de ne pas donner de grande interview à l'occasion de la fête nationale. En lieu et place, un grand concert est organisé sur le Champs de Mars. L’évènement sera reconduit trois années de suite. Mais en pleine crise économique, le coût du concert parisien (le chiffre de 4,5 millions d'euros circule) et de la garden-party de l'Elysée deviennent difficiles à assumer politiquement. Le député apparenté socialiste, René Dosière, pointe les dépenses "fastueuses" de l'Elysée et estime à un peu moins de 800.000 euros la facture du rendez-vous mondain du 14-Juillet dans les jardins de la présidence. Nicolas Sarkozy fait un geste et met fin à la réception comme au concert.

XIII. Sous l'ère-Sarkozy, le défilé militaire se charge d'une forte résonance diplomatique. En 2007, 26 partenaires européens sont invités à venir défiler avec les troupes françaises à Paris. En 2008, le 14 juillet prend une dimension polémique avec l'invitation de nombreux chefs d'Etat du pourtour méditerranéen, réunis la veille pour le lancement de l'Union pour la Méditerranée. La présence de plusieurs despotes, dont le Syrien Bachar al-Assad, l'Egyptien Hosni Moubarak, et le Tunisien Ben Ali, laissera un goût amer aux défenseurs des Droits de l'homme.

XIV. Mais la rupture a ses limites. Alors que la gauche réclame le retrait des troupes françaises d'Afghanistan, Nicolas Sarkozy veut profiter du défilé militaire de juillet 2011 pour parler défense. Problème, le président a supprimé la traditionnelle interview du 14 juillet. Qu'à cela ne tienne. Le chef de l'Etat décide de répondre aux journalistes de TF1 en plein milieu du défilé militaire, marquant au passage la dernière grande innovation du quinquennat avant le début de l'ère Hollande.