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Congo: la double peine des sinistrés de Brazzaville, privés de législatives

14/07/2012 06:31 EDT | Actualisé 13/09/2012 05:12 EDT

Sur les décombres d'une maison du quartier Mpila à Brazzaville, Bienvenu Ossou vit sous une tente. Dimanche, il ne votera pas aux législatives, dans cette zone détruite par les explosions du 4 mars où des électeurs n'ont pu s'inscrire, une situation vécue comme un nouvel abandon.

Presque tous les voisins de Bienvenu, un chômeur de 30 ans, ont fui la zone depuis l'explosion d'un dépôt de munitions dans le camp de blindés tout proche, qui a détruit des centaines d'habitations, fait près de 300 morts, 2.300 blessés et 17.000 sans abris dont près de la moitié vit encore dans des camps de fortune.

Sur le site, l'herbe a tellement poussé que les carcasses des blindés et autres engins militaires sont à peine visibles, de même que les fils barbelés dressés pour délimiter la zone toujours en cours de déminage.

"Depuis le 4 mars, mes parents et moi-même avons cessé d'exister. Nous allons être abandonnés davantage car nous n'allons pas voter dimanche", pour le premier tour des élections législatives, constate amèrement le jeune chômeur.

Sa tente est à quelques encablures de l'épicentre du sinistre. En contrebas, un petit ruisseau dominé par des ordures. Des hérons viennent y manger et s'abreuver.

"On se disait que malgré ce qui s'est passé ici, on devait nous permettre de choisir nos députés pour qu'ils aillent plaider notre cause au Parlement", lâche Bienvenu, au bord des larmes.

Mais la Commission nationale d'organisation des élections (Conel) a décidé que le vote n'aurait pas lieu dans trois des 37 circonscriptions de Brazzaville, les plus touchées par les explosions, où les listes électorales n'ont pas pu être révisées en mars.

"La décision de nous écarter du vote est normale pour certains, mais elle est anormale parce que nous tombons de plus en plus dans les oubliettes", relève Jérôme Ndengabeka, 50 ans, un autre habitant du quartier.

"les autorités auraient pu repousser les élections. Le budget alloué pour les organiser aurait pu permettre au moins de reconstruire nos maisons", estime son voisin Gustave Ampilo, 40 ans.

"On est mieux chez soi. Il y a des gens qui sont allés dans les sites (accueillant ceux qui avaient tout perdu), mais ils préfèrent aujourd'hui revenir à Mpila pour vivre sous des tentes dans leurs propres parcelles (terrain). Les autorités restent insensibles", dénonce-t-il.

"Nous aurions dû, au regard de ce qui s'est passé le 4 mars, laisser tomber l'organisation des élections. Ca a été une véritable catastrophe et nous continuons à en souffrir", soutient l'opposant Clément Miérassa.

Le jour du drame Irène Itoua, 43 ans, a pu s'échapper saine et sauve avec son bébé de quatre mois. De sa maison, il ne reste plus qu'un pan de mur. pourtant, dans sa circonscription, le vote se tiendra bien dimanche.

"J'ai battu campagne pour ma candidate en faisant semblant d'oublier le drame. On n'attend pas la réparation, même d'un simple préjudice, les bras croisés", explique-t-elle.

"J'irai voter sans état d'âme", assure-t-elle, son bébé sur son dos.

Le gouvernement a dit avoir payé plus de 50 milliards de Fcfa (76 millions d'euros) de prime d'urgence à plus de 17.000 sinistrés et plus de 7.000 autres sont en attente de paiement.

Les autorités évaluent à 1 milliard de dollars le coût de la reconstruction du quartier Mpila.

"Nos candidats ne doivent pas perdre de vue que notre peuple, qui a su admirablement faire face à l'adversité, attend des messages d'espoir, des comportements exemplaires et des débats dédramatisés", avait déclaré fin juin le secrétaire général du Parti congolais du travail (PCT, au pouvoir), Pierre Ngolo, lors d'un meeting à l'ouverture de la campagne.

Avec ses alliés, le PCT, le parti du chef de l'Etat Denis Sassou-Nguesso, détient la majorité absolue dans l'Assemblée sortante.

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