NOUVELLES

Rebellion dans l'Est de la RDCongo: le Rwanda en position d'accusé

13/07/2012 12:59 EDT | Actualisé 12/09/2012 05:12 EDT

La rebellion en cours dans l'Est de la République démocratique du Congo met en position d'accusé le Rwanda qui, même s'il s'en défend, jouit par milices interposées d'une influence de longue date dans cette région frontalière regorgeant de matières premières, selon plusieurs experts.

Un rapport d'experts des Nations unies a fait état le mois dernier de "preuves accablantes" selon lesquelles des officiers supérieurs rwandais "soutenaient les rebelles en leur fournissant armes, ravitaillement militaire et nouvelles recrues".

Kigali a rejeté ce rapport, qualifié de "document préliminaire partial fondé sur des conclusions partielles".

Au sein d'un "Mouvement du 23 mars" (M23), plusieurs centaines de soldats ont retourné leurs armes contre les forces armées congolaises (FARDC) ces derniers mois et les ont chassés en plusieurs points de la province du Nord-Kivu.

Ces mutins sont issus d'une précédente rebellion du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), un mouvement congolais tutsi déjà réputé soutenu par le Rwanda afin de combattre sur le sol congolais les rebelles hutus rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

"Nous sommes dans une sorte de bégaiement, de répétition de crises", estime André Gichaoua, universitaire français et spécialiste du Rwanda, qui évoque "une relation institutionnalisée" entre les rebellions tutsi en RDC et Kigali.

A l'origine, le souci du régime rwandais d'écarter toute menace à ses frontières.

Les FLDR sont en effet accusées par Kigali d'avoir participé au génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 -- 800.000 morts selon l'ONU -- et de représenter encore aujourd'hui une menace militaire contre le régime du président Paul Kagame qui a mis fin aux massacres.

C'est la raison pour laquelle le Rwanda a envoyé ses soldats dans l'actuelle RDC en 1996-1997 puis entre 1998 et 2002, avant, selon les experts, d'agir par milices interposées.

Dans la nouvelle crise en cours, les mutins reprochent au président congolais Joseph Kabila d'être revenu sur un accord concernant les conditions de leur intégration dans les FARDC, signé le 23 mars 2009 entre Kinshasa et le CNDP.

En fait, selon les experts, Kabila a tenté de surfer sur sa réélection, même contestée, de novembre dernier pour regagner un peu d'autorité dans l'Est du pays au détriment de ces milices.

"Depuis la fin de la guerre au début des années 2000, l'Est de la RDC reste sous tutelle étrangère de facto, principalement du Rwanda. Le président Kabila passe son temps à négocier en position de faiblesse", selon M. Gichaoua.

"On est à nouveau dans une phase de partage des dividendes (des richesses de la région), entre un partenaire qui ne peut les obtenir qu'au titre de rétrocession bienveillante de la part des tuteurs de la région, et un autre obligé d'accepter, pour ne pas avoir à assumer la reconnaissance qu'il occupe de facto un territoire étranger", poursuit cet expert à propos des autorités congolaises et rwandaises.

Paul Kagame a réfuté cette interprétation, dans une interview à BBC World. "Nous n'avons absolument rien à voir avec cette insurrection du M23. Nous ne savons pas ce qu'ils sont ni ce qu'ils veulent", a-t-il affirmé.

Mais même les Etats-Unis, parmi les plus proches alliés de Kigali, "ont appelé le Rwanda à stopper et empêcher l'acheminement d'une telle aide (aux rebelles congolais) depuis son territoire".

"Le Rwanda nourrit des inquiétudes légitimes en termes de sécurité dans l'Est de la RDC, mais son rôle dans cette région dépasse aujourd'hui de loin ces intérêts", estime l'analyste Stéphanie Wolters.

"Le soutien au CNDP/M23 et à d'autres mouvements armés revient à une tentative de déstabilisation de l'est du pays et du gouvernement de Kinshasa. Les chefs militaires alliés au Rwanda ont aussi amassé des intérêts économiques importants dans les mines et l'élevage", selon elle.

Kigali a été régulièrement accusé de fermer les yeux sur le trafic des immenses richesses congolaises (étain, tantale, tungstène, or, bois), "extraits au Congo, blanchis au Rwanda", selon un rapport de mai dernier de Global Witness. Cette organisation donne cependant crédit au Rwanda pour avoir depuis deux ans renforcé sa législation contre ce commerce clandestin.

La crise paraissait en tout cas peut-être en voie d'apaisement avec un accord jeudi du Rwanda, de la RDC et de leurs voisins pour "la mise en place immédiate d'une force internationale neutre pour éradiquer le M23".

"L'évolution des choses dépend de la décision du Rwanda de jouer cartes sur table sur son rôle et d'accepter de négocier avec Kinshasa", selon Stéphanie Wolters.

"Des condamnations polies ont été formulées après le rapport des Nations Unies, reste à savoir s'il a été dit en coulisses au Rwanda qu'il subirait des conséquences négatives si le soutien aux groupes armés continuait", ajoute cette experte.

bb-del/sd

PLUS:afp