NOUVELLES

Mudacumura: un dur parmi les rebelles hutu, parfois contesté par les siens

13/07/2012 04:07 EDT | Actualisé 12/09/2012 05:12 EDT

Le chef des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), Sylvestre Mudacumura, sous le coup d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale, incarne l'aile dure de ce mouvement hutu rwandais qui sème la terreur depuis deux décennies dans l'est de la République démocratique du Congo.

Sylvestre Mudacumura est né en 1954 à Gatumba, dans la province de Gisenyi, dans la même région du nord du Rwanda que l'ancien chef d'Etat rwandais hutu Juvenal Habyarimana, dont la mort dans l'attentat contre son avion le 6 avril 1994 a été l'élément déclencheur du génocide contre la minorité Tutsi du pays.

Diplômé de l'Ecole militaire de Kigali, cet homme à la carrure imposante et aux larges mâchoires a été jusqu'en 1992 commandant en second de la garde présidentielle de Habyarimana. Après le génocide, il aurait mis sa femme et ses enfants à l'abri en Allemagne avant de rejoindre les FDLR sur le territoire voisin de l'actuelle RDC.

Chef suprême des Forces Combattantes Abacunguzi (FOCA), la branche armée des FDLR, et vice-président de ce dernier mouvement, Mudacumura a la réputation d'être un dur, voire un extrémiste, contesté au sein même du mouvement hutu opposé au régime du président Paul Kagame qui a mis fin au génocide au Rwanda.

Après l'arrestation de dirigeants des FDLR en Europe, ce mouvement avait été traversé "par de graves tensions internes, qui s'expliquent principalement par le fait que le général Mudacumura est un leader médiocre, partisan d'une ligne dure en matière de prise de décisions internes et de stratégie", relevait un rapport d'experts de l'ONU sur la RDC publié fin 2011.

"Mudacumura autorise tous les chefs de bataillon à collaborer avec tout groupe armé présent dans les Kivu (est de la RDC) s'ils le jugent utile", poursuivaient ces experts".

Il lui a également été reproché au sein de son groupe armé d'avoir favorisé les officiers et soldats originaires du nord du Rwanda, comme lui, au détriment de ceux du sud, et d'avoir ainsi entraîné un certain nombre de désertions.

"Selon d'anciens combattants des FDLR (...), le général Mudacumura jouit d'une responsabilité de commandement claire et directe sur les forces du FDLR", relevait l'organisation Human Rights Watch dans un rapport sur les violences dans l'est de la RDC publié en décembre 2009.

Le chef d'une brigade FDLR qui a commis plusieurs attaques contre des civils en 2009 "ne prenait jamais aucune décision si elle ne venait pas de Mudacumura", affirmait un ancien combattant FDLR cité dans ce rapport de l'organisation américaine de défense des droits de l'Homme.

HRW rapportait encore une directive attribuée à Mudacumura, dans laquelle ce dernier ordonnait en mars 2009 aux unités FDLR d'"attaquer les agglomérations pour créer une catastrophe humanitaire dans le but de forcer la communauté internationale à réagir en imposant au gouvernement rwandais de négocier avec les FDLR", et de considérer "tous les Congolais comme nos ennemis".

Mudacumura se trouverait en RDC et voyagerait parfois au Congo-Brazzaville, avancent certaines sources proches du dossier.

"La Monusco (force des Nations Unies en RDC) et l'armée congolaise l'ont toujours traité comme un copain, comme un collègue", a affirmé à l'AFP Tharcisse Karugarama, le ministre rwandais de la Justice. "Il faut qu'ils l'arrêtent maintenant", a-t-il ajouté.

Le chef suprême des FDLR est soupçonné par la CPI d'attaques contre la population civile dans l'est de la RDC, de meurtres, mutilations, traitements cruels, viols, torture, destructions de biens, pillages et atteintes à la dignité humaine.

bur-bb/sd

PLUS:afp