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L'Unesco remettra mardi un prix contesté financé par la Guinée équatoriale

13/07/2012 05:16 EDT | Actualisé 12/09/2012 05:12 EDT

La Guinée équatoriale, critiquée pour des violations de droits de l'homme, a gagné un bras de fer de plusieurs années avec les ONG et les pays occidentaux, en obtenant de pouvoir financer un prix de l'Unesco pour la recherche en sciences de la vie, qui sera remis mardi prochain.

Ce prix d'une valeur de trois millions de dollars, voulu par le président de Guinée équatoriale Teodoro Obiang Nguema, avait été créé en 2008. Mais face aux polémiques et faute de consensus, sa remise était suspendue depuis 2010. Et M. Obiang Nguema a accepté que le prix ne porte plus son nom, comme prévu à l'origine, mais seulement celui de son pays.

Le "prix Unesco-Guinée équatoriale pour la recherche en sciences de la vie" sera remis le mardi 17 juillet à 16H00 (14H00 GMT), précise le carton d'invitation à cette remise de prix.

Personnellement opposée à la remise de ce prix, Irina Bokova, la directrice générale de l'agence onusienne pour l'éducation, la science et la culture, était cependant tenue d'organiser la remise de cette distinction après un vote en mars de son Conseil exécutif.

Le soutien de cette instance dirigeante de l'organisation, avait été obtenu en mars grâce aux votes des pays africains et arabes, mais aussi du Brésil et de la Russie.

De nombreuses ONG s'insurgent contre le passif en matière de corruption et de droits de l'homme du chef de l'Etat équato-guinéen, qui dirige son pays d'une main de fer depuis 1979. Le prix Nobel de la paix sud-africain, Desmond Tutu, s'était également mobilisé contre la remise de ce prix.

La France a rappelé vendredi que les pays de l'Union européenne s'étaient opposés à l'attribution de ce prix. Paris ne sera pas représenté à la cérémonie de mardi, a précisé le ministère des Affaires étrangères.

"Nous regrettons que l'Unesco ait pris cette décision de décerner ce prix alors qu'il y a tant d'actualité judiciaire autour de la famille de Teodoro Obiang Nguema et d'opacité autour des fonds utilisés", a réagi le responsable en France de l'ONG Human Rights Watch (HRW), Jean-Marie Fardeau.

"L'image de l'Unesco ne sortira pas grandie de cette instrumentalisation par ce gouvernement incapable de satisfaire les besoins élémentaires de sa population", a-t-il affirmé à l'AFP.

La France a lancé vendredi un mandat d'arrêt contre le fils du président Obiang. Les juges, qui soupçonnent Teodorin Nguema Obiang Mangue de blanchiment de détournement de fonds publics étrangers, l'avaient convoqué en vue d'une mise en examen (inculpation) pour la deuxième fois, mais il ne s'est pas présenté.

Le gouvernement équato-guinéen avait refusé que M. Obiang dépose devant les juges en France en signe de protestation après la spectaculaire perquisition qui a visé pendant dix jours, en février, un somptueux hôtel particulier parisien dans lequel ont été saisis 200 m3 de biens de valeur. Auparavant propriété de la famille Obiang, cet immeuble appartient depuis octobre 2011 à l'Etat équato-guinéen.

Lors d'une première perquisition, en septembre 2011, la justice avait saisi onze voitures de luxe appartenant au fils du président équato-guinéen.

Dans un communiqué, l'Unesco a précisé qui seraient les lauréats de ce prix:

- l'Egyptien Maged Al-Sherbiny, président du Centre pour la science et la technologie du Mouvement des non-alignés et président de l'Académie de recherche scientifique et de technologie (ARST) notamment pour ses recherches sur les maladies endémiques en Egypte.

- Le Sud-Africain Felix Dapare Dakora, professeur à l'Université de technologie de Tshwane, à Pretoria, pour ses travaux sur la conversion moléculaire entre les légumes et le sol.

- La Mexicaine Rossana Arroyo, spécialiste des maladies parasitaires.

hr/nou/aub

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