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Ethiopie: un journaliste et des militants condamnés à de lourdes peines

13/07/2012 08:18 EDT | Actualisé 12/09/2012 05:12 EDT

Un tribunal éthiopien a condamné vendredi un journaliste à 18 ans de prison au nom d'une législation antiterroriste controversée et 23 autres militants à des peines allant de huit ans à la perpétuité dans un procès très critiqué par des associations de défense des libertés.

Le journaliste et blogueur Eskinder Nga, déjà incarcéré à maintes reprises pour ses critiques contre le régime, a été condamné à 18 ans de prison pour avoir coopéré avec le parti politique Ginbot 7, considéré comme un groupe terroriste en Ethiopie depuis l'an dernier.

"Aux yeux du tribunal, c'est un facteur aggravant", a déclaré le juge Hussein Yimer prononçant la sentence. Les 24 accusés avaient été reconnus coupables par le tribunal le mois dernier. Huit seulement étaient présents. Les 16 autres ont été jugés par contumace.

"Au vu des circonstances dans lesquelles l'infraction pénale a été commise, une peine de 18 ans de prison sans possibilité de libération conditionnelle a été décidée", a poursuivi le juge.

M. Eskinder a reçu cette année le prix américain PEN, qui récompense des écrivains persécutés pour le simple exercice de leur métier.

L'opposant Andualem Arage a été condamné "à la perpétuité incompressible", a déclaré le juge, le considérant comme "le chef ou le décideur d'une organisation terroriste".

Le journaliste et l'opposant ont en particulier été reconnus coupables de "participation à une organisation terroriste", de "planification, préparation, complot, incitation et tentative d'acte terroriste".

Ils ont salué les membres de leur famille dans le tribunal où des amis et les familles des militants étaient présents tout comme des journalistes et des diplomates.

Leur inculpation s'appuie sur une loi anti-terroriste critiquée par les associations de défense des libertés pour son imprécision qui permet d'étouffer la liberté d'expression et de museler les opposants.

Les deux hommes étaient notamment accusés d'avoir promu des manifestations contre le gouvernement éthiopien en commentant le printemps arabe dans les médias.

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), dont le siège est aux Etats-Unis, a critiqué la sentence, accusant le gouvernement éthiopien d'"utiliser le combat contre le terrorisme comme un prétexte pour réduire au silence une opposition pacifique".

"Cette condamnation montre que la croissance et la stabilité en Ethiopie reposent sur un pouvoir tenu d'une main de fer qui ne supporte pas la critique", a déclaré Mohamed Keita, du bureau américain du CPJ.

Amnesty International a déclaré que les condamnations étaient "emblématiques de la détermination du gouvernement éthiopien à bâillonner toute voix contestataire dans le pays" et appelé à "la libération immédiate et inconditionnelle" des prisonniers.

Un avocat de la défense, Abebe Guta, a dénoncé le jugement, estimant que ses clients n'avaient pas eu droit à un procès équitable.

Le porte-parole de l'Union pour la démocratie et la justice (UDJ), le parti d'opposition dont M. Andualem fait partie, a jugé les peines "dramatiques" et a accusé le tribunal de "terroriser ceux qui disent quoi que ce soit".

Selon le PEN American Center, Eskinder Nga avait dans le passé déjà été arrêté à sept reprises, notamment en 2005 : il avait alors été condamné à 17 mois de prison avec sa femme, qui a accouché en prison. A sa libération, M. Eskinder n'avait plus le droit d'exercer son métier de journaliste, mais il n'a pas respecté l'injonction et il est resté une voix critique contre le gouvernement.

M. Eskinder va faire appel, a indiqué l'avocat. M. Andualem et les autres co-accusés envisagent, eux aussi, de faire appel devant la Cour suprême. Ils ont 45 jours pour cela.

Deux journalistes suédois sont emprisonnés depuis un an en Ethiopie, après leur arrestation aux côtés d'un groupe rebelle.

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