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Le Canada critiqué par des spécialistes pour sa politique à Kandahar

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AFP/Getty Images

TORONTO - Les critiques britanniques et américains qui remettent en question les actions des militaires canadiens en Afghanistan ont des tendances révisionnistes et ignorent des faits importants, estiment certains spécialistes.

Ces derniers contestent particulièrement l'idée que les Canadiens, allègrement optimistes, ont été réticents quand est venu le temps de demander de l'aide extérieure alors qu'ils peinaient à faire d'importantes avancées dans la région de Kandahar, abandonnée par les Américains à la faveur de l'Irak.

Selon ces spécialistes, ce point de vue est dangereux. L'historien Jack Granastein, qui se spécialise dans l'histoire militaire canadienne, considère que la guerre en Afghanistan ne va «pas très bien» et que «les gens tentent de trouver des solutions partout où ils le peuvent».

Il ajoute que les Américains et les Britanniques ont historiquement été doués pour faire de même.

Dans son récent livre «Little America: The War within the War for Afghanistan», l'auteur Tajiv Chandrasekaran, du Washinton Post, critique la décision du Canada de déployer seulement 800 soldats sur le terrain pour couvrir l'ensemble de la province de Kandahar.

Il cite un conseiller américain qui considère que les soldats canadiens se «concentraient sur les activités de reconstruction, et non sur la sécurité».

L'auteur écrit également que les États-Unis n'ont pas requis l'envoi de militaires additionnels par Ottawa, de crainte de «dicter» quoi faire aux Canadiens ou de les mettre dans l'embarras. Il ajoute que le Canada était «réticent» à demander de l'aide.

Mais selon M. Granastein, il n'en est rien. Il martèle que ce point de vue n'est pas valide, et que les Canadiens ont tenté d'obtenir de l'aide à plusieurs reprises, mais que ses appels sont demeurés sans réponse.

Une communication secrète envoyée à Washington par le système de diffusion et liaison navire-terre en 2006 par l'ambassadeur américain à Kaboul de l'époque, Ronald Neumann, indique que le brigadier-général du Canada, David Fraser, a bel et bien demandé que davantage de soldats lui soient envoyés. Le Canada était alors engagé dans la sanglante bataille connue sous le nom d'«Opération méduse».

L'aide promise par la France ne s'est jamais matérialisée et même si les Américians ont envoyé des troupes, cela a demandé plusieurs années avant que le président Barack Obama concentre son attention vers l'Afghanistan et offre un soutien au Canada.

Un commandant supérieur canadien qui a requis l'anonymat a soutenu que le Canada avait sollicité des partenaires et l'arrivée des troupes américaines a mis en lumière le besoin criant de forces supplémentaires. Selon lui, transfert de soldats de l'Irak vers Afghanistan a permis d'améliorer considérablement l'effort fait pour lutter contre les insurgés.

Jack Granastein et David Bercuson, des chercheurs au Canadian Defence and Foreign Affairs Institute ont toutefois admis que le Canada avait fait des erreurs. Le pays n'était pas préparé à entrer dans une guerre pour la première fois depuis 50 ans et ne savait pas qui l'attendait à Kandahar. Les insurgés les ont pris par surprise.

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