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Au moins 150 morts dans le centre de la Syrie, l'ONU appelée à agir

13/07/2012 09:20 EDT | Actualisé 12/09/2012 05:12 EDT

L'armée syrienne a tué au moins 150 personnes, dont des dizaines de combattants rebelles, dans le centre du pays, où l'opposition a dénoncé un massacre tandis que le régime évoquait une opération contre des "terroristes".

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), "les bombardements, les opérations militaires et les combats" ont fait plus de 150 morts jeudi dans la localité sunnite de Treimsa, dont une centaine seulement ont pu être identifiées pour l'instant.

Même si un grand nombre de victimes étaient des combattants, des dizaines de personnes ont été "sommairement exécutées", pour certains à l'arme blanche, et 17 personnes, dont des femmes et enfants, ont été tuées alors qu'elles tentaient de fuir Treimsa, a précisé l'OSDH.

L'armée syrienne a affirmé de son côté avoir mené à Treimsa "une opération de qualité" qui s'est soldée par "la destruction des repaires des groupes terroristes, la mort d'un grande nombre de leurs membres, sans qu'aucune victime civile ne soit à déplorer".

Selon un militant de Sham News Network, média favorable à la révolte contre le régime de Bachar al-Assad, la grande majorité des victimes étaient des membres de l'Armée syrienne libre (ASL). Les vidéos de Treimsa diffusées jusqu'à présent par les militants ne montrent que des cadavres d'hommes.

Robert Mood, le chef des observateurs de l'ONU en Syrie, dont les opérations sont suspendues en raison des violences, a affirmé que ses hommes étaient prêts à aller enquêter à Treimsa en cas de cessez-le-feu, tandis qu'Amnesty International a estimé que c'était la seule manière de savoir ce qui s'était "réellement passé".

Sur le front diplomatique, le blocage semblait total à New York, où les pays occidentaux et la Russie, principal soutien du régime, s'opposent sur un projet de résolution au Conseil de sécurité de l'ONU.

Les 15 membres du Conseil ont repris vendredi leurs discussions autour de deux textes concurrents, l'un déposé par les Occidentaux et menaçant Damas de sanctions si les armes lourdes restent dans les villes, et l'autre de facture russe qui n'évoque pas cette possibilité.

Après les premières informations sur Treimsa, la France a fustigé "une fuite en avant meurtrière du régime", et l'émissaire international pour la Syrie Kofi Annan s'est dit "choqué" et a dénoncé "une violation" de l'engagement de Damas de ne plus faire usage d'armes lourdes "dans les centres de population".

Les Etats-Unis ont évoqué une vision "de cauchemar" illustrant "de façon dramatique la nécessité de mesures contraignantes en Syrie".

La Russie a "fermement" condamné vendredi le "crime sanglant" de Treimsa et appelé à une enquête sur ce drame qu'elle impute à "des forces qui cherchent à semer les graines de la haine interconfessionnelle".

Washington a aussi prévenu vendredi les autorités syriennes qu'elles seraient "tenues responsables" si elles ne garantissaient pas la sécurité de leur important arsenal chimique, après un article suggérant le déplacement de certaines de ces armes non conventionnelles hors de leur lieu de stockage.

A propos de Treimsa, le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition, a parlé du plus "infâme des génocides commis par le régime syrien" et a pressé le Conseil de sécurité d'adopter une résolution contraignante "urgente".

Les Frères musulmans de Syrie, membres influents du CNS, se sont déchaînés contre M. Annan, mais aussi contre l'Iran et la Russie, les accusant d'être "responsables" de la tuerie par leur inaction.

"Il y aura après (Treimsa) des massacres encore plus effroyables tant que les (pays) qui prétendent être les porteurs de civilisation restent impassibles face au sang syrien (qui coule) et laissent ce monstre se déchaîner en tuant autant de Syriens qu'il veut", ont-ils estimé.

M. Annan, dont le plan de paix est en vigueur depuis trois mois mais sans aucun effet sur le terrain, doit se rendre lundi à Moscou, après une récente visite à Damas et à Téhéran.

Sur le terrain, comme chaque vendredi, l'opposition avait appelé à la mobilisation dans les rues et des manifestations qualifiées de "massives" par des militants ont eu lieu dans de nombreuses villes, sous le slogan "Retirez Annan, valet d'Assad et de l'Iran".

A travers le pays, les violences sont restées intenses, avec au moins 63 morts -- 24 soldats, 22 rebelles et 17 civils--, selon l'OSDH qui s'appuie sur un réseau de militants et de témoins.

L'armée a ouvert le feu pour disperser les manifestations dans plusieurs quartiers de Damas, mais aussi à Alep (nord), la deuxième ville du pays.

Compte tenu des restrictions imposées à la presse par les autorités syriennes et de la décision de l'ONU de ne plus comptabiliser les morts, il est impossible d'obtenir un bilan de source indépendante.

Selon l'OSDH, plus de 17.000 personnes ont péri depuis le début mi-mars 2011 d'une révolte populaire militarisée au fil des mois face à la répression brutale menée par le régime.

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