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Syrie: Nawaf Farès, un dur du régime dont les militants se méfient

12/07/2012 06:59 EDT | Actualisé 11/09/2012 05:12 EDT

L'ambassadeur de Syrie en Irak, Nawaf Farès, qui a annoncé rejoindre les rangs de la rébellion, est un dur du régime suscitant la méfiance des militants qui soupçonnent les Occidentaux de sélectionner une équipe de transition acceptable par le régime.

Damas a annoncé jeudi son "limogeage". Il s'agit du premier ambassadeur syrien à abandonner son poste et cette défection intervient quelques jours après celle du général Manaf Tlass, un proche de la famille régnante en Syrie.

La moustache et le cheveu gris, ce policier a été très proche des redoutables services de renseignements syriens avant de devenir gouverneur puis premier ambassadeur à Bagdad après près de 30 ans de rupture des relations diplomatiques avec ce pays voisin.

Originaire de Bou Kamal, une ville frontalière avec l'Irak, il appartient à la grande tribu sunnite des Ouqaydate, implantée dans l'Est, notamment à Deir Ezzor, mais aussi en Irak, en Jordanie et dans le nord de l'Arabie saoudite.

Titulaire d'une licence de droit, il est entré ensuite à l'académie de police de Deir Ezzor d'où il est sorti officier.

Il a commencé sa carrière comme chef de service de sécurité politique à Lattaquié entre 1990 et 1994 avant de devenir le patron du parti Baas à Deir Ezzor (1994-1998) puis gouverneur de Lattaquié (1998-2000).

Il fut ensuite gouverneur de la province d'Idleb, dans le nord, aujourd'hui en pleine rébellion, puis de Quneitra (sud), dans le Golan entre 2002 et 2008.

Le 16 septembre 2008, le président Bachar al-Assad le choisit comme ambassadeur à Bagdad, ce qui montre la confiance dont il jouit de la part du régime, et lui exprime, selon l'agence officielle Sana, ses voeux de "succès pour sa nouvelle mission".

Sa tâche est très délicate puisqu'il s'agit de rétablir des relations rompues depuis près de 30 ans alors que Bagdad se méfie de Damas auquel il reproche de laisser passer des jihadistes auteurs d'attentats sanglants.

Mais mercredi, il se retourne contre le régime qui fait face à une rébellion sans précédent.

"Je déclare ma défection de ma mission en tant que représentant de la République Arabe Syrienne en Irak et mon retrait des rangs du parti Baas (au pouvoir en Syrie)", dit l'ambassadeur dans un message vidéo diffusé par la chaîne de télévision du Qatar Al Jazeera.

Il se trouve dans cet émirat particulièrement en pointe dans son hostilité au régime syrien.

"J'appelle de même tous les gens dignes et libres de la Syrie, surtout les militaires, à rejoindre immédiatement les rangs de la révolution", poursuit-il avant de lancer: "Tournez vos canons et vos chars vers les criminels de ce régime qui tuent le peuple".

Mais ce retournement de veste ne semble pas avoir convaincu les dissidents ni les militants des droits de l'Homme. "Je sais que cet homme est un criminel", a affirmé Rami Abdel Rahmane, chef de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

"C'est assez similaire à l'histoire de Manaf Tlass. Si l'ambassadeur fait défection, il le fait par avidité du pouvoir car les services de renseignements occidentaux cherchent à sélectionner des personnalités qui pourront être utilisées pour la période transitoire".

Une opinion partagée par un militant de Hama se présentant sous le nom d'Abou Ghazi. "Les gens sont très méfiants sur les motivations qui l'ont poussé à déserter. Peut-être qu'au moment où la Russie est en train de changer doucement, la communauté internationale et le régime cherchent à mettre sur pied un gouvernement consensuel et cette défection s'incrit dans ce scénario".

"Mais, ajoute-t-il, nous voulons vivre dans une démocratie et dans un Etat de droit et vous ne pouvez pas les construire avec des gens qui ont tant de sang sur les mains et ont été si longtemps complices du régime".

Sur la page internet Tansiqiyat, qui regroupe l'opinion des militants sur le terrain, l'un d'eux accuse le fils de cet ex-ambassadeur, Barges, d'acheter des voitures luxueuses en Arabie Saoudite sans payer de taxes douanières en profitant de la position de son père et de les vendre à des prix exorbitants.

Un autre qui se fait appeler "Golan First" ironise: "Demain on dira que c'est un honnête homme qui essayait de réformer la Syrie".

En revanche, sur le forum de sa tribu, Al Ouqaydate, on lui tresse des lauriers. "Il a excellé dans toutes ses fonctions, a reçu des récompenses car il a participé à l'instauration de la sécurité et de la loi dans le pays. Connu pour l'aide qu'il offre aux gens, il a honoré la tribu et est devenu un symbole dans la région de Deir Ezzor grâce à sa modestie et à son amour pour les gens".

bur-sk/sbh

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