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Syrie: des médecins dépassés par l'afflux de blessés à Qousseir

12/07/2012 10:46 EDT | Actualisé 11/09/2012 05:12 EDT

"Quand leurs blessures sont trop graves, on ne peut pas faire grand chose à part essayer que leur mort soit la moins douloureuse possible". Dans un hôpital de fortune à Qousseir, en Syrie, des médecins tentent de sauver les victimes des bombardements.

"Nous n'avons pas le matériel nécessaire pour traiter les patients les plus grièvement atteints", explique le Dr Saleh Mahmoud Sadir.

"Il nous manque un neurochirurgien, et pour ceux qui sont blessés à la tête il n'y a pas d'autre solution que d'aller au Liban. Ici, nous pouvons prier pour eux, c'est tout".

Ce docteur, qui a vu son fils mourir dans ses bras après avoir été touché de plein fouet par une bombe, continue à aller travailler quotidiennement dans cet hôpital de fortune.

"Mon devoir (...), c'est de continuer à travailler jusqu'à la chute du régime. Je suis devenu médecin pour sauver des vies. Nous sommes du bon côté, du côté de la population civile" estime-t-il.

Créé il y a neuf mois par des médecins et infirmiers ayant fui l'hôpital de Qousseir, contrôlé par le régime, le dispensaire est installé dans une maison ancienne du centre-ville, et reçoit chaque mois des centaines de victimes des bombardements des forces gouvernementales sur cette ville rebelle située dans le centre du pays.

"Nous avons reçu, ce mois-ci, 570 patients présentant des blessures liées aux bombes qui tombent sans cesse sur la ville, et une centaine de plus avec des blessures par balles, infligées surtout par des francs-tireurs cachés dans des bâtiments", indique le docteur Kassem Al-Zein, fondateur de l'hôpital.

"J'ai beaucoup pleuré ces neuf derniers mois, notamment quand je n'ai rien pu faire pour certains patients, et je suis resté avec eux jusqu'à ce qu'ils meurent", raconte-t-il.

"Je pleure surtout quand c'est un enfant qui meurt dans mes bras", reconnaît le Dr Al-Zein, père de trois jeunes enfants.

Il repense à ces cinq enfants grièvement blessés il y a deux mois par les éclats d'un obus de mortier. "J'ai fait tout ce que j'ai pu, mais au final, ils sont tous morts".

Pendant qu'il parle résonnent, comme chaque jour, les tirs de l'artillerie. Sur la façade de l'hôpital, un trou témoigne des violences.

"Nous sommes devenus un objectif prioritaire du régime, pour cette raison ils nous bombardent continuellement", affirme le docteur.

"Tout le personnel a peur car le régime nous cherche, et s'ils nous arrêtent, ils nous exécuteront en tant que traîtres".

Hassim Kouliani, l'un des infirmiers, confirme, mais selon lui "nous ne pouvons pas abandonner la population civile, car ce serait la mort assurée pour eux".

Un fort sifflement, des bousculades dans les couloirs: un bombardement matinal a eu lieu, les première victimes arrivent. Une fillette de onze ans, le crâne touché par des éclats d'obus, déjà morte.

Les infirmiers portent en courant deux enfants de trois et quatre ans, déposés par une voiture. Ils ont le visage ensanglanté mais rien de grave.

Le plus petit hurle, les yeux rivés sur sa soeur, immobile sur un brancard pendant qu'une infirmière la bande. On suture les plaies, on nettoie le sang.

Non seulement le personnel soignant ne reçoit pas de salaire, mais il met la main à la poche pour acquérir certains médicaments.

"Vous comprenez maintenant pourquoi on doit rester? On doit rester pour eux", dit le Dr Sadir.

Quelques instants plus tard, une énorme explosion retentit: un projectile a touché le bâtiment, semant la pagaille dans l'hôpital où affluent de nouveaux blessés.

"Dans ce cas-là, nous donnons la priorité à ceux dont nous pensons qu'il peuvent survivre à une opération. Nous ne pouvons pas perdre de temps ni donner les mêmes chances à tous", explique Rabia Ismaïl, l'infirmier en chef qui régule les entrées.

Quand les blessures sont trop graves, les médecins en sont réduits à amputer, ou se contenter d'accompagner le décès.

"Nous devons choisir qui va vivre et qui va mourir... mais au final, on se dit que ce n'est pas nous qui les avons tués, ce sont les bombes d'Assad", soupire l'infirmier.

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