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La Syrie confirme la défection d'un ambassadeur, 38 morts dans les violences

12/07/2012 11:39 EDT | Actualisé 11/09/2012 05:12 EDT

La Syrie a confirmé jeudi la première défection de l'un de ses ambassadeurs, mais le régime de Damas a reçu de nouveau le soutien de la Russie, qui a rejeté un projet de résolution déposé à l'ONU.

Par ailleurs, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a annoncé que le général Manaf Tlass, qui avait fait défection la semaine dernière, était entré en contact avec l'opposition syrienne.

Pendant ce temps, la violence continuait son oeuvre meurtrière, avec le décès de 38 personnes à travers le pays.

A Damas, le ministère syrien des Affaires étrangères a annoncé dans un communiqué que "Nawaf Farès est démis de ses fonctions et n'a plus aucune relation avec notre ambassade à Bagdad, ni avec le ministère".

Dans la nuit, M. Farès a annoncé sa défection dans un message vidéo diffusé par la chaîne de télévision du Qatar, Al-Jazeera.

"Je déclare ma défection de ma mission en tant que représentant de la République arabe syrienne en Irak et mon retrait des rangs du parti Baas (au pouvoir en Syrie)", a-t-il affirmé.

M. Farès, en poste à Bagdad depuis septembre 2008, a également appelé l'armée à "rejoindre immédiatement les rangs de la révolution".

Les autorités syriennes ont menacé de le traduire en justice pour ses propos.

"Nawaf Farès a fait hier (mercredi) des déclarations aux médias en contradiction avec son devoir qui consiste à défendre les positions et la cause de son pays. Il doit pour cela être poursuivi par la justice et être traduit devant le conseil disciplinaire", a affirmé le ministère.

Selon Bagdad, M. Farès se trouve au Qatar, un émirat hostile au régime de Bachar al-Assad, qui réprime dans le sang depuis près de 16 mois un mouvement de contestation.

Sa défection porte un nouveau coup au régime syrien, quelques jours après celle de Manaf Tlass, un général proche du président Assad.

Appartenant à la grande tribu sunnite des Ouqaydate, implantée dans l'est du pays, Nawaf Farès a commencé comme policier avant de travailler avec les redoutables services de renseignements puis de devenir l'un des chefs du parti Baas, gouverneur et enfin diplomate.

Ce parcours suscite la méfiance des militants. "Je sais que cet homme est un criminel", a ainsi affirmé le président de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane.

"C'est assez similaire à l'histoire de Manaf Tlass (...), les services de renseignements occidentaux cherchent à sélectionner des personnalités qui pourront être utilisées pour la période transitoire", a-t-il estimé.

Une opinion partagée par un militant de Hama se présentant sous le nom d'Abou Ghazi: "les gens sont très méfiants sur les motivations qui l'ont poussé à déserter. Peut-être que (...) la communauté internationale et le régime cherchent à mettre sur pied un gouvernement consensuel et cette défection s'incrit dans ce scénario".

"Mais, ajoute-t-il, nous voulons vivre dans un démocratie et dans un Etat de droit et vous ne pouvez pas les construire avec des gens qui ont tant de sang sur les mains".

A Paris, M. Fabius a dit savoir qu'il existe "une proximité entre l'opposition et (le) général" Tlass et que "des contacts ont été pris en ce sens", sans confirmer que Manaf Tlass se trouve actuellement à Paris.

Sur le plan diplomatique, la Russie, soutien indéfectible du régime de Damas, a qualifié d'"inacceptable" le projet de résolution sur la Syrie déposé mercredi à l'ONU par les Occidentaux, menaçant d'y mettre son veto s'il était soumis au vote du Conseil de sécurité jeudi.

"Dans son ensemble, leur projet n'est pas équilibré", seul le gouvernement syrien se voyant imposer des "obligations", a déclaré le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Guennadi Gatilov, cité par l'agence de presse Interfax.

Sur le terrain, les violences ont encore causé la mort d'au moins 38 personnes, dont huit lors d'une violente attaque contre un village de la région de Hama (centre), selon l'OSDH.

"Les forces du régime ont bombardé Treimsa avec des chars et des hélicoptères", a affirmé l'ONG, précisant qu'à l'issue de combats elles avaient pénétré dans la localité.

L'organisation Human Rights Watch soupçonne pour sa part Damas d'utiliser des bombes à sous-munitions de fabrication soviétique dans la région de Hama.

A Damas, l'écrivain Louaï Hussein, président du courant d'opposition "La construction de l'Etat", créé en septembre 2011, a appelé à une conférence le 28 juillet dans la capitale syrienne pour "arrêter la violence, mettre fin à la tyrannie et discuter d'une transition pacifique".

Il a indiqué que sont conviées toutes "les forces qui veulent changer le régime pacifiquement et qui n'acceptent ni les réformes proposées par le régime ni l'usage de la force". Il a précisé que "ni l'Etat, ni le Conseil national syrien (CNS, regroupant la majorité de l'opposition) n'étaient conviés".

bur/sk/cco

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