NOUVELLES

Jean Ping, un diplomate chevronné contraint au combat pour sauver son poste

12/07/2012 02:25 EDT | Actualisé 10/09/2012 05:12 EDT

Diplomate chevronné et affable rompu aux négociations internationales feutrées, le Gabonais Jean Ping est contraint à un combat sans merci pour conserver son poste de président de la Commission de l'Union africaine, face à une candidate soutenue par l'Afrique du Sud.

A 69 ans, cet homme aussi à l'aise en français qu'en anglais, et à l'élégance vestimentaire irréprochable, pouvait croire sa réélection à la tête de l'organe clé de l'UA assurée, au nom d'une règle tacite accordant de facto un second mandat au président sortant le souhaitant.

C'était sans compter sur une virulente campagne menée par l'Afrique du Sud pour imposer son ancien ministre des Affaires étrangères, Nkosazana Dlamini-Zuma.

Il y a six mois, le visage fermé et les traits fatigués de Jean Ping, lors d'une conférence de presse au milieu de la nuit du 30 au 31 janvier à Addis Abeba, trahissaient son amère déception. Le sommet de l'UA venait d'échouer à le reconduire dans ses fonctions, malgré quatre tours de scrutin.

Un nouveau sommet convoqué dimanche et lundi tentera à nouveau de départager les deux concurrents, dans une ambiance qui tourne au règlement de comptes.

Le très courtois Jean Ping est sorti mardi de ses gonds pour dénoncer "une stratégie délibérée de désinformation permanente", après les affirmations d'un hebdomadaire sud-africain selon lesquelles il avait commencé à négocier son désistement.

Cette bataille qui n'en finit pas survient, pour l'intéressé, après une année particulièrement éprouvante, au cours de laquelle il s'est efforcé de faire parler d'une seule voix le continent africain face aux révolutions et conflits qui l'ont secoué.

"Nous avons fait face à d'énormes difficultés. Nous n'avions jamais connu de telles difficultés dans le passé", avait-il résumé début 2012, évoquant les déchirements post-électoraux en Côte d'Ivoire, les révolutions dans le monde arabe et les bombardements de l'Otan en Libye.

Le diplomate extraverti et ouvert, dont le physique en rondeurs ne laisse pas forcément deviner qu'il peut être cassant à l'occasion, a achevé cette course d'obstacles sur un bilan partagé, selon les experts.

Si en Côte d'Ivoire l'UA a rapidement reconnu la victoire électorale d'Alassane Ouattara face au sortant Laurent Gbagbo, elle a été quasiment inaudible dans le conflit libyen, rejetée par l'opposition armée libyenne pour sa proximité historique avec Mouammar Kadhafi.

Jean Ping "n'a pas été capable de réconcilier les positions très divergentes (des dirigeants africains) et le résultat a été que l'UA est restée statique pendant que des pays comme la Côte d'Ivoire et la Libye implosaient sous nos yeux", estime Phil Clark, professeur à la London School of Oriental and African Studies.

D'autres observateurs font valoir que la mission était quasiment impossible en raison des dissensions entre pays africains, et M. Ping fait porter à l'Afrique du Sud la responsabilité d'avoir divisé l'Afrique sur les dossiers ivoirien et libyen.

Celui qui a présidé l'assemblée générale des Nations Unies en 2004/2005 peut en revanche se prévaloir d'avoir tissé des liens entre l'UA et des puissances émergentes comme l'Inde, la Turquie et surtout la Chine.

L'intéressé souligne également "avoir été le premier à introduire des projets concrets depuis 1973", citant les trois premiers instituts de l'Université panafricaine inaugurés fin 2011.

Dès sa nomination à la tête de la Commission en février 2008, certains de ses détracteurs ont vu en lui "l'homme de la France" à cause des liens étroits entre son mentor d'alors, le président gabonais Omar Bongo, et Paris, une accusation catégoriquement rejetée par l'intéressé.

Né le 24 novembre 1942, Jean Ping est titulaire d'un doctorat en économie de l'Université de la Sorbonne (France). L'ancien directeur de cabinet d'Omar Bongo a enchaîné les postes ministériels dans son pays, notamment aux Affaires étrangères, en 1992 puis à nouveau de 1999 à 2008.

Surnommé "Mao" par Omar Bongo, ce métis sino-africain --son père était un forestier chinois installé au Gabon-- a eu deux enfants avec la fille aînée de l'ancien chef de l'Etat gabonais, Pascaline, avant de se marier à l'Ivoirienne Jeanne-Thérèse Ping. Il est père de huit enfants au total.

jv-bb/sd

PLUS:afp