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L'opposition et les militants syriens vouent Annan aux gémonies

11/07/2012 03:45 EDT | Actualisé 09/09/2012 05:12 EDT

L'opposition en exil et les militants syriens sur le terrain jettent l'opprobre sur l'émissaire de l'ONU Kofi Annan, l'accusant de mettre sur le même plan bourreaux et victimes et de chercher à amadouer l'Iran malgré son soutien indéfectible à Bachar al-Assad.

Quatre mois et demi après sa nomination comme émissaire spécial conjoint de la Ligue arabe et de l'ONU, il s'est montré impuissant à stopper la violence qui a fait jusqu'à présent, selon une organisation de défense des droits de l'Homme, plus de 17.000 morts.

"Les gens sont en colère. C'est clair que cet émissaire est partial. Qu'a-t-il présenté? Rien que du sang", assure Bachar al-Haraki, membre du Conseil national syrien (CNS), le rassemblement le plus représentatif de l'opposition au régime.

"Nous avons été frappés de stupeur quand il a proposé de faire participer l'Iran, qui est complice des meurtres (du régime). Depuis le début de la révolte, ce pays a envoyé des experts pour surveiller les communications puis des combattants", s'insurge-t-il.

L'Iran est de longue date un allié indéfectible de la Syrie, notamment depuis que Damas fut le seul pays arabe à soutenir Téhéran dans sa guerre contre l'Irak (1980-1988).

Mais ce qui a mis le feu aux poudres est la déclaration de Kofi Annan lundi à Damas, lorsqu'il a annoncé après avoir rencontré le président Bachar al-Assad: "Nous nous sommes mis d'accord sur une approche que je vais partager avec l'opposition armée".

"Il parle de +l'opposition armée+ alors que c'est ce régime mafieux qui attaque la population", assure un opposant de la région de Damas qui se présente sous le nom d'Ahmad al-Khatib.

"Nous sommes descendus dans la rue avec des rameaux d'olivier et des fleurs mais la réalité sur le terrain nous a obligés à prendre les armes. C'est impossible de demander au peuple de rendre les armes", ajoute-t-il.

"A quoi sert Annan alors que la communauté internationale est divisée?" se demande ce militant anti-régime. "Même le volet humanitaire de son plan est resté lettre morte alors que certaines personnes en Syrie vivent comme à l'âge de pierre", dit-il.

Après sa nomination, M. Annan avait présenté fin mars un plan en six points qui prévoyait la fin de la violence, l'ouverture d'un dialogue politique, l'acheminement de l'aide humanitaire, la fin des détentions arbitraires, la liberté de circuler pour les journalistes et le droit de manifester pacifiquement.

Sur la toile, les internautes raillent sa déclaration de lundi. Un tweet de @Syria7ra qualifie Annan d'"envoyé russo-iranien chargé de la protection de Bachar" et un autre propose que le mot d'ordre de la prochaine manifestation hebdomadaire du vendredi soit "Annan rentre chez toi".

Sur Facebook, un militant de Homs se gausse: "Ainsi, les hommes armés vont rendre les armes, et son Excellence le tueur des martyrs (Bachar) va leur pardonner, ils vont négocier et vivre heureux sous le même toit et se laver les mains tachées de ketchup et les acteurs qui jouent les martyrs vont se relever et la pièce de théâtre que fut la révolution syrienne sera terminée. C'est le rêve de Kofi Annan."

"Pour nous, Annan est fini. Il n'est plus rien. Il ne mérite même pas que nous écrivions des mots d'ordre contre lui", assène à l'AFP un opposant qui se présente sous le nom d'Abou Ghazi.

Faisant allusion à son passé de secrétaire général de l'ONU, il ajoute "nous avons été déçus par sa nomination car nous connaissions son passé peu reluisant au Rwanda, en Irak et dans d'autres pays. Il a toujours donné une couverture politique aux dirigeants qui commettent des massacres".

Shadi Hamid, expert de la Syrie au Brookings Doha Center, estime que l'emissaire international, nommé le 23 février avec l'approbation des membres du Conseil de sécurité, a failli.

"Annan n'est pas la personne adéquate. Il n'est pas capable de tenir la dragée haute au régime d'Assad et cela a toujours été la critique qui lui a été adressée dans le passé", assure M. Hamid.

"Ses qualités diplomatiques peuvent être utiles dans certains contextes mais pas en en Syrie. Il n'a pas la capacité requise pour agir dans ce pays. Ce n'est pas tellement son plan qui doit être changé mais c'est l'homme", selon lui.

ser-ram/sk/cnp

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