NOUVELLES

Le sport se conjugue mal au féminin au Royaume-Uni, hôte des JO

11/07/2012 06:10 EDT | Actualisé 10/09/2012 05:12 EDT

Les photos de l'heptathlète Jessica Ennis, un des meilleurs espoirs britanniques de médaille d'or sont omniprésentes, mais elles ne peuvent dissimuler le fossé existant entre hommes et femmes dans la pratique sportive au Royaume-Uni, hôte des JO cet été.

Dans un pays où les trois sports les plus populaires - football, rugby et cricket - sont dominés par les hommes, les femmes sont reléguées à l'arrière-plan, surtout en termes de communication.

"Nous avons mesuré la couverture médiatique dont bénéficient les sports féminins dans ce pays, et c'est moins de 5%, ce qui est un gros problème", constate Sue Tibbals, directrice de la fondation féminine pour le sport et l'activité physique (Women's Sports and Fitness Foundation, WSFF).

Témoin du manque de reconnaissance du sport féminin, aucune femme ne figurait sur la liste 2011 des "dix sportifs britanniques de l'année" publiée par la BBC, sur la base d'un vote du grand public.

Cette faible visibilité, alliée à un manque de culture sportive dans la population féminine, se double d'une absence d'investissement dans les disciplines pratiquées par les femmes, qui entrave leur potentiel.

Ainsi, selon une étude récente de la Commission sur l'avenir des sports féminins, 0,5% du marché du sponsoring va aux sports féminins contre 61,1% aux hommes, le reste allant à des compétitions mixtes, comme le tournoi de Wimbledon.

Beaucoup espèrent toutefois que les jeux vont changer la donne.

Sur un objectif de 48 médailles que se sont fixés les Britanniques pour ces jeux, "près de la moitié" pourraient être remportées par les femmes, a estimé le secrétaire d'Etat pour les JO, Hugh Robertson.

Le choix de Londres pour héberger les jeux s'est traduit par un effort des marques britanniques et des médias en faveur des sports féminins, constate Sue Tibbals. "Mais je pense que ce qui a le plus d'impact, c'est de voir autant de femmes athlètes dans la publicité", souligne-t-elle.

Avant même les premières médailles, Jessica Ennis, la championne de cyclisme Victoria Pendleton, les nageuses Rebecca Adlington et Keri-Anne Payne et Jenna Randall, pour la natation synchronisée, pour n'en citer que quelques unes, sont l'objet de campagnes publicitaires et font les couvertures des magazines.

"Le plus important est de propulser sur le devant de la scène les sports féminins, de manière à rééquilibrer la culture sportive, encore très axée sur les hommes, et afin que les filles trouvent plus normal de faire du sport", souligne Sue Tibbals.

Moins d'une femme sur cinq a une activité sportive suffisante pour se maintenir en bonne santé au Royaume-Uni, selon elle, une proportion très inférieure à celle des hommes.

Le fossé se creuse entre garçons et filles dès huit ans et s'accroît à l'adolescence, selon une étude publiée fin juin par les universités de Newcastle et de Strathclyde.

"La plupart des filles ne considèrent pas que le sport est un plaisir. Nous devons prendre le problème plus tôt, en encourageant les filles à faire de l'exercice, en leur offrant davantage d'opportunités et en leur proposant des modèles féminins positifs, particulièrement dans les médias", estime le professeur Mark Pearce, de Newcastle University.

L'absence de pratique sportive, parfois renforcée par les préjudices esthétiques (les muscles seraient peu seyants pour une femme) ont des conséquences graves en terme de santé publique.

A 39 ans, la médaillée olympique d'heptathlon Denise Lewis (jeux de Sydney), qui couvrira les jeux de Londres pour la BBC, estime que les femmes, qui sont tellement préoccupées par leur apparence, devraient faire davantage de sport pour rester en forme: "Quand vous atteignez mon âge, il ne s'agit pas de battre des records mais simplement d'avoir une forme décente et d'être en bonne santé".

ra-mpf/dh/

PLUS:afp