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Des balles réelles tirées sur les manifestants au Soudan, selon l'opposition

11/07/2012 10:40 EDT | Actualisé 10/09/2012 05:12 EDT

Les forces de sécurité au Soudan utilisent des balles réelles et se montrent de plus en plus agressives envers les manifestants qui dénoncent l'inflation vertigineuse et le régime d'Omar el-Béchir, a affirmé mercredi une figure de l'opposition, Mariam al-Mahdi.

La fille de l'ancien Premier ministre Sadiq al-Mahdi a expliqué dans un entretien à l'AFP que la mosquée Wad Noubawi, liée au parti Umma, avait été le théâtre d'une violente attaque vendredi, témoignant de la brutalité croissante des forces gouvernementales contre les rassemblements pacifiques.

"A chaque fois, la brutalité, l'agressivité (...) s'accroît", a assuré Mme Mahdi, membre du bureau politique du parti Umma, dirigé par son père.

Les autorités ont commencé à faire usage de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc le 22 juin, quand de petites manifestations ont éclaté après les prières du vendredi à la mosquée et ailleurs dans la ville, a-t-elle expliqué, en précisant que la répression s'était accentuée la semaine d'après.

"Les gens étaient assiégés à l'intérieur de la mosquée" quand la police et des agents du Service national des renseignements et de la sécurité ont lancé une attaque "à l'heure de la prière", a précisé cette figure de l'opposition, présente sur les lieux au moment des faits.

"Ils ont utilisé des balles réelles", tirant en grande majorité en l'air pour tenter de disperser la foule, mais un agent de la Sécurité a aussi fait feu délibérément en direction d'une personne, la blessant à la jambe, a-t-elle affirmé.

Et vendredi dernier, alors que des centaines de membres de partis et d'autres personnes tenaient un sit-in à la mosquée, devenue un foyer de la contestation, les forces de sécurité ont resserré leur étau autour du bâtiment et il n'y a eu aucune possibilité de fournir des premiers soins aux blessés, contrairement à la fois précédente, a raconté Mariam al-Mahdi.

"Ils ont délibérément cherché à empêcher que toute aide parvienne aux gens participant au sit-in", a-t-elle dit.

"Beaucoup de gens ont été touchés par des balles en caoutchouc, et de nouveau un par une balle réelle", a expliqué l'opposante, en faisant également état de l'usage de "bombes assourdissantes".

"Nous avons le sentiment d'une escalade, a-t-elle déclaré, en dénonçant "des attaques éhontées contre des mosquées".

La mobilisation, lancée le 16 juin par des étudiants de l'Université de Khartoum protestant contre la hausse des prix alimentaires, s'est étendue dans le pays après l'annonce de mesures d'austérité par le président Béchir.

La contestation est la plus longue qu'ait connue le régime Béchir, au pouvoir depuis 23 ans, mais reste néanmoins loin de la mobilisation ayant touché les pays du Printemps arabe.

L'Union européenne, le Canada, les Nations unies, la Grande-Bretagne ou encore les Etats-Unis ont exprimé leur inquiétude face à la sévère répression, des milliers de personnes ayant été arrêtées, selon des militants.

Le gouvernement a qualifié pour sa part les manifestants d'"émeutiers" représentant une menace pour la stabilité du Soudan.

"Ils ont dit dans les médias, à la radio qu'ils ne permettraient pas que les mosquées soient utilisées pour (...) des conspirations étrangères, et qu'ils fermeraient toute mosquée s'autorisant à être un forum pour de telles activités", a souligné Mme Mahdi.

it/cco/vl

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