NOUVELLES

Accrochages à Damas, l'opposition revient bredouille de Moscou

11/07/2012 01:22 EDT | Actualisé 10/09/2012 05:12 EDT

Des accrochages ont opposé mercredi à Damas les forces syriennes et combattants anti-régime alors que la principale coalition de l'opposition échouait à obtenir de Moscou qu'il lâche le régime de Bachar al-Assad.

L'émissaire international pour la Syrie, Kofi Annan, vilipendé par les dissidents après s'être rendu lundi et mardi à Téhéran et à Bagdad, où il a obtenu un appui des autorités à son plan de sortie de crise, doit rendre compte mercredi de sa tournée au Conseil de sécurité de l'ONU.

En dépit de la multiplication des initiatives diplomatiques, les violences ne faiblissent pas, faisant encore au moins 52 morts à travers le pays -- 23 civils, 18 soldats et 11 rebelles--, après 82 tués mardi, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Des accrochages ont opposé à l'aube dans le quartier de Qadam à Damas soldats et rebelles, selon l'OSDH, et à Alep (nord), deuxième ville du pays, de fortes explosions ont été entendues.

L'agence officielle Sana a annoncé le remplacement de cinq gouverneurs, dont ceux de Homs (centre) et de Deir Ezzor (est), deux foyers de la révolte. Ils avaient pris leur poste après le limogeage de leurs prédécesseurs.

Dans le même temps, le régime a poursuivi ses bombardements contre la ville rebelle de Rastane, dans la province de Homs. Une vidéo amateur postée sur Youtube montre le marché de la ville quasiment détruit. Les habitants continuaient néanmoins à acheter des légumes auprès des commerçants. "C'est un défi contre la destruction", a assuré le journaliste-citoyen ayant tourné ces images.

Par ailleurs, un homme d'affaires et opposant, Mohammad Bassam al-Malek,a été placé en détention, a affirmé à l'AFP le militant des droits de l'Homme Anouar al-Bouni.

M. Malek, l'un des dirigeants du Comité de coordination pour le changement national et démocratique (CCCND), toléré par le régime, est accusé d'"incitation à la désobéissance civile en raison de son rôle dans la grève des commerçants en mai pour protester contre le massacre de Houla", a-t-il précisé.

Ce massacre avait fait en mai 108 tués, dont de nombreux enfants. La Commission d'enquête de l'ONU a indiqué fin juin que les forces loyales au président Bachar al-Assad étaient responsables de nombreux morts.

Sur le plan international, à Moscou, le chef du Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition syrienne, a déploré que la Russie campe sur ses positions, après avoir tenté en vain de la pousser à lâcher le régime de Bachar al-Assad.

"Je confirme au nom de toute l'opposition populaire syrienne qu'il ne peut pas être question d'un dialogue, tant qu'Assad ne sera pas parti. La Russie est d'un autre avis", a déclaré Abdel Basset Sayda, le nouveau chef du CNS, à l'issue de discussions avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qui s'est borné à réitérer la position russe, prônant un dialogue politique.

Autre signe d'inflexibilité, la Russie va poursuivre ses livraisons de systèmes de DCA aux forces gouvernementales syriennes.

"On ne peut en aucun cas dire que nous mettons en place un embargo sur la livraison de techniques militaires à la Syrie", a déclaré le directeur adjoint du service fédéral de coopération militaire, Viatcheslav Dzirkaln.

Autre allié de Damas, Téhéran a appelé Kofi Annan à "empêcher la contrebande d'armes" destinées aux rebelles, qui est selon lui le "principal problème" en Syrie.

La Russie est un acteur incontournable dans le dossier syrien, bloquant toute résolution à l'ONU condamnant la répression et refusant de cesser son soutien au régime malgré les critiques internationales.

Moscou a soumis mardi à ses 14 partenaires du Conseil de sécurité un projet de résolution prolongeant de trois mois le mandat de la Mission de supervision de l'ONU en Syrie (MISNUS) qui expire le 20 juillet, mais n'évoquant pas la menace de sanctions.

Ce projet de résolution est "en-deçà" des attentes de la communauté internationale, a déploré mercredi le ministère français des Affaires étrangères, en jugeant "indispensable" le "transfert des pleins pouvoirs exécutifs à un organe transitoire de gouvernement".

Le texte russe "réaffirme le soutien" au plan de paix de Kofi Annan et demande au pouvoir et à l'opposition de "commencer immédiatement à appliquer" ce plan.

Officiellement accepté par le régime et par l'opposition il y a trois mois, ce plan, qui comprend notamment un cessez-le-feu, est resté lettre morte, et la poursuite des violences a obligé les observateurs arrivés mi-avril en Syrie pour surveiller le cessez-le-feu, à cesser mi-juin leurs opérations.

A Bagdad mardi, M. Annan s'est dit "persuadé que le Conseil (de sécurité) prendra les mesures qui s'imposent", sans plus de précisions.

La visite de M. Annan en Iran, et l'"accord" qu'il a annoncé avoir trouvé lundi après sa rencontre avec le président Assad ont déclenché la colère des militants anti-régime, dont certains l'ont qualifié d'"envoyé russo-iranien chargé de la protection de Bachar".

bur/sk/cco

PLUS:afp