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Thomas Lubanga, ex-seigneur de guerre de RDC et enrôleur d'enfants soldats

10/07/2012 04:31 EDT | Actualisé 08/09/2012 05:12 EDT

Thomas Lubanga, condamné mardi à 14 ans de prison par la Cour pénale internationale (CPI) pour enrôlement d'enfants soldats, est le fondateur d'une milice du nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) soupçonnée du massacre de centaines de civils sur des bases ethniques.

Thomas Lubanga, 51 ans, était jugé pour avoir, en tant que chef historique de l'Union des patriotes congolais (UPC), supervisé et organisé l'enrôlement d'enfants au sein des Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC), l'aile militaire de l'UPC, entre septembre 2002 et août 2003.

Né le 29 décembre 1960 à Djuba, dans le district de l'Ituri en Province orientale (nord-est), il obtient une licence en psychologie à l'université de Kisangani, la capitale provinciale, et devient enseignant-assistant dans une université de management et développement au début des années 1990, à Bunia, chef-lieu d'Ituri.

Parallèlement, il exerce des activités dans plusieurs secteurs, allant de l'agriculture au commerce de l'or.

Notable respecté de la communauté Hema Gerere, il entre en politique fin 1999 puis fonde l'UPC en 2002 avec le soutien de l'Ouganda voisin, avant de s'allier en janvier 2003 au Rwanda, dans le contexte de conflits fonciers entre Hema et Lendu qui dégénèrent rapidement en massacres entre ces deux ethnies qui constituent alors 40% de la population d'Ituri.

Cet homme grand et mince s'impose rapidement comme un chef charismatique pour sa communauté, qui le voit comme un "protecteur".

A la tête de l'UPC, il s'empare d'importantes zones minières d'Ituri. Selon le procureur de la CPI, Thomas Lubanga "encourageait les familles Hema à fournir leurs enfants" au bras armé de l'UPC.

Cette milice est accusée de plusieurs massacres de civils d'ethnie lendu en 2002 et 2003, notamment dans son fief de Bunia, chef-lieu d'Ituri.

Thomas Lubanga quitte Bunia peu après l'envoi en juin 2003 d'une force européenne (Artémis). Il réapparaît en 2004 à Kinshasa, où il séjourne dans un grand hôtel en attendant sa promotion au grade de général au sein de l'armée congolaise, promesse faite à plusieurs autres chefs miliciens d'Ituri qui s'étaient engagés à rendre les armes.

La poursuite des violences en Ituri et le meurtre de neuf Casques bleus en février 2005 conduisent les autorités congolaises à l'arrêter en mars 2005.

Depuis la prison de Kinshasa, ce chef de guerre riche et influent, toujours élégamment vêtu, aurait continué à piloter à distance certaines opérations de l'UPC.

En mars 2006, il a été transféré en vertu d'un mandat d'arrêt international à la CPI à La Haye, dont il devient alors le premier détenu.

Evoquant en août 2011 à son procès les "convictions et valeurs nobles" reçues pendant son éducation, Lubanga avait soutenu qu'elles l'avaient "toujours guidé dans (ses) actions (...) et dans les actions qu'(il a) menées contre l'enrôlement des mineurs" comme enfant soldats.

Lors des législatives de fin 2011, l'UPC a remporté deux sièges en Province orientale. "Cela prouve que son parti est toujours vivant et que Lubanga est toujours soutenu par sa communauté", selon un membre de la société civile locale.

Co-accusé de Thomas Lubanga, Bosco Ntaganda, ancien chef adjoint de l'état-major des FPLC, fait l'objet d'un mandat d'arrêt de la CPI depuis 2006 pour les mêmes crimes de guerre que Lubanga.

Intégré en 2009 comme général dans l'armée congolaise, toujours en liberté, Ntaganda est accusé d'être à la tête d'une mutinerie en cours dans l'est de la RDC.

bur-epe/jlb

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