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Les fiefs rebelles syriens craignent la pénurie à l'approche du ramadan

10/07/2012 06:37 EDT | Actualisé 09/09/2012 05:12 EDT

A Qousseir, ville syrienne rebelle assiégée depuis des mois, les étals sont quasiment vides et les habitants vivant au rythme des bombardements se préparent à un ramadan difficile.

Dans cette grande ville frontalière du Liban tenue par les insurgés et bombardée sans relâche par l'armée, les résidents doivent uniquement compter sur deux boucheries encore ouvertes.

"Il ne reste plus qu'une cinquantaine d'épiceries qui manquent presque de tout", affirme à l'AFP Nadim, commerçant. Les deux-tiers des 30.000 habitants ont fui la ville et le reste peine à survivre.

"Le ramadan commence dans dix jours et les problèmes vont s'aggraver", ajoute-t-il en référence aux dépenses que suppose l'iftar, le repas traditionnel de rupture de jeûne.

Les marchandises arrivent au compte-gouttes et non sans péril. "Des contrebandiers parviennent à nous ramener de la nourriture depuis Alep (nord) et Damas, mais ils encourent le risque d'être arrêtés à un barrage puis d'être emprisonnés ou exécutés pour avoir tenté de nous aider", explique Abdel Karim Yarbad, un autre commerçant.

Abdel Karim est un riche marchand devenu avec la révolte responsable des stocks de nourriture destinés à aider les familles les plus pauvres de Qousseir.

"Il y a aussi des Syriens nantis qui envoient de la nourriture par voiture ou par camion", dit-il.

Selon lui, près de 2.000 personnes sont en grande nécessité après avoir tout perdu.

"Sans nous, ils mourront de faim", affirme Abdel Karim en donnant une ration mensuelle à une famille de cinq membres dans un centre créé à cette fin.

On y distribue du sucre, du riz, des pâtes, des légumes secs et du lait en poudre pour les enfants.

La plupart des aides sont assurées grâce à des donations de Syriens de l'étranger. "Beaucoup de Syriens aux Etats-Unis et en Europe donnent de l'argent pour qu'on puisse acheter les produits de base. Le Qatar, l'Arabie saoudite et d'autres pays arabes apportent seulement 5% de l'argent mensuel", explique Abdel Karim.

Autre problème majeur: les terres agricoles situées à la périphérie de Qousseir sont devenues inaccessibles en raison du siège.

"La quasi-totalité des champs se trouvent dans une zone contrôlée par le régime et les agriculteurs doivent faire un détour pour y accéder", affirme Hassan, un marchand de légumes qui n'a presque plus rien à vendre.

"En outre, les soldats ont miné les champs et les bombardent pour nous priver de nourriture", s'indigne-t-il.

Selon lui, les militaires appréhendent également les agriculteurs qui font entrer des produits en ville.

Autrefois coeur battant de la cité avec ses échoppes achalandées, le principal souk de Qousseir est devenu, selon les habitants, un repère des francs-tireurs du régime qui abattent toute personne qui se risque dans l'avenue Omar ben el-Khattab.

Le souk ressemble à un quartier fantôme: chaque rideau est criblé par les impacts des explosions et dans un salon de coiffure pour hommes, les miroirs brisés en mille morceaux.

"Le souk a été l'une des premières cibles des troupes du régime", soutient Omar qui a perdu son magasin dans le pilonnage il y a deux mois, assurant que les bombardements ont détruit la plupart des commerces.

"Le but principal était de priver les habitants de tout ravitaillement pourqu'ils ne résistent pas trop longtemps au siège", explique-t-il.

Devant le centre d'aides, une file de nécessiteux attendent leur ration mais aussi de l'argent.

"Beaucoup ont perdu le seul membre de la famille qui travaillait. C'est une manière de les remercier pour ce qu'ils ont fait pour la révolution", commente Abdul Karim.

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