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Le Parlement égyptien se réunit et défie l'ordre de dissolution de la cour

10/07/2012 05:09 EDT | Actualisé 08/09/2012 05:12 EDT

LE CAIRE, Égypte - Le Parlement égyptien, à majorité islamiste, a ouvert un nouveau front dans la lutte de pouvoir au sommet de l'État, mardi, en se réunissant en signe de défiance face à la Cour constitutionnelle qui a ordonné sa dissolution, une décision judiciaire qui place le président Mohammed Morsi en conflit avec les militaires et le plus haut tribunal du pays.

La brève séance du Parlement – à peine cinq minutes – laisse penser que les députés voulaient surtout faire un geste symbolique plutôt que de s'attaquer directement au jugement de la cour, qui a invalidé l'élection de la chambre le 14 juin, apparemment pour des irrégularités dans le processus électoral.

Mais cette décision a aggravé la lutte de pouvoir entre le président islamiste et les chefs militaires, qui ont promis de faire respecter le jugement de la Cour constitutionnelle.

Mohammed Morsi a réagi à la décision en adoptant un décret ordonnant le rétablissement de l'assemblée de 508 membres. La Cour constitutionnelle a répliqué mardi en affirmant que la décision prise par M. Morsi n'avait aucun fondement juridique.

Les forces de sécurité n'ont pas tenté d'empêcher les élus d'entrer dans l'édifice du parlement, dans le centre du Caire. Plus tard dans la journée, des milliers de partisans du président Morsi se sont rassemblés sur la place Tahrir, où la police antiémeute a gardé ses distances. Les manifestants ont scandé «Illégitime!» quand ils ont appris que la cour avait pris position contre le décret adopté par M. Morsi.

Les élus égyptiens ont approuvé une proposition du président du Parlement, Saad El-Katatni, pour solliciter les conseils d'une cour d'appel au sujet de la décision de la haute cour. Mais on ne sait pas encore si la cour acceptera d'étudier la demande des parlementaires. Il pourrait s'agir d'une tentative des élus de sauver la face, en défiant l'ordre des militaires tout en donnant l'impression de respecter le système judiciaire.

Pendant ce temps, en coulisses, une commission spéciale travaille sur l'élaboration d'une nouvelle Constitution, mais l'affrontement entre le nouveau président et la veille garde militaire pourrait faire dérailler l'ensemble du processus.

L'atmosphère de crise s'est aggravée depuis que Mohammed Morsi a ordonné le rétablissement de la législature samedi. Son décret affirme qu'il révoque l'ordre de dissolution des militaires basé sur le jugement de la Cour constitutionnelle.

La cour a estimé que le tiers des membres de la chambre avaient été élus illégalement parce que des candidats affiliés à des partis politiques ont été élus à des sièges réservés aux indépendants. Une juridiction inférieure qui examine les plaintes portées contre le décret de M. Morsi annoncera sa décision le 17 juillet.

Le décret présidentiel appelle aussi à de nouvelles élections parlementaires après l'adoption d'une nouvelle Constitution, ce qui ne devrait pas avoir lieu avant la fin de l'année. Dans les faits, le décret accorde au Parlement une fonction intérimaire, ce qui laisse penser que le président pourrait tenter de gagner du temps dans le bras de fer qui l'oppose aux militaires.

La dispute au sujet du sort du Parlement divise de nouveau les Égyptiens, au moment où ils espéraient un retour à la stabilité après le tumulte du soulèvement populaire qui a mené à la chute du président Moubarak, en février 2011. Depuis, l'Égypte a connu une importante augmentation de la criminalité, des manifestations violentes, un ralentissement économique et d'incessantes grèves, rassemblements et sit-ins.

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