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La croissance en Tunisie tributaire de la stabilité politique et de l'Europe

10/07/2012 12:49 EDT | Actualisé 09/09/2012 05:12 EDT

La Tunisie connaît une reprise économique après la récession de 2011, dans la foulée de la révolution, mais elle est fragilisée par l'incertitude politico-sécuritaire et par la crise en Europe, a indiqué mardi à l'AFP le gouverneur de la Banque centrale.

"Dès que nous verrons un renforcement de la sécurité, une stabilisation du climat social et politique, cela encouragera les investisseurs", a estimé Mustapha Kamel Nabli.

Il a relevé qu'avec une croissance de 4,8% au premier trimestre 2012 par rapport à la même période l'année précédente, la Tunisie pouvait encore atteindre son objectif annuel de 3,5%.

"Il faut que l'effort soit concentré sur la stabilisation sécuritaire, la réduction des conflits sociaux et la clarification de l'agenda politique", insiste ce responsable.

A ce titre, le limogeage en suspens de M. Nabli est symptomatique. Aucune explication précise n'a été donnée et l'Assemblée nationale constituante (ANC), qui doit approuver ou non cette décision prise fin juin par le chef de l'Etat Moncef Marzouki, n'a pas tranché.

Pour M. Nabli, cette polémique montre que "la démocratie est en marche", mais il regrette le manque de clarté que cela entraîne. "Surtout qu'il n'y a pas de raison évidente pour convaincre les observateurs étrangers", dit-il.

D'autant qu'il ne s'agit pas du seul dossier bloqué: la nature du futur régime tunisien n'a pas encore été déterminée, aucun compromis ne se dessinant à l'ANC alors que des élections sont prévues en mars 2013.

La confiance dans le pouvoir tunisien, dominé par les islamistes, devrait jouer un rôle important quant à la décision de l'agence de notation Moody's de dégrader ou non la note souveraine du pays, comme l'a fait Standard and Poor's en mai.

Pour le gouverneur, la dette, qui devrait atteindre 45% du PIB en 2012, reste "dans des limites acceptables". "L'essentiel c'est d'assurer que cela ne dérape pas", juge M. Nabli, farouche défenseur de l'indépendance de la BCT.

Autre problème pour la Tunisie, le poids de la crise en zone euro, son principal partenaire commercial.

"La situation économique en Europe a commencé à nous affecter de manière significative. Depuis mars, nous avons commencé à ressentir les effets sur les exportations de produits manufacturés", a-t-il dit.

En particulier, une baisse de l'ordre "de moins 5 ou 6%" des exportations de textiles et cuirs, et une croissance anémique des exportations de l'industrie mécanique (3-4%).

La Tunisie a connu une récession de 1,8% en 2011. La reprise économique est clé pour le pays, le chômage (19%) ayant été un des facteurs au coeur de la révolution.

Pour cela, une reprise accélérée est essentielle, notamment dans deux secteurs quasi paralysés par la révolution: le tourisme et la production de phosphates, dont la Tunisie est le cinquième producteur mondial.

Or "il y a une reprise mais ça reste en deçà de ce qui était possible", note M. Nabli.

Enfin, le pays doit s'atteler à une réforme d'ampleur de son système bancaire et à la lutte contre la corruption héritée du temps du président déchu Ben Ali.

Il s'agit en particulier de la question des "créances accrochées", en particulier les emprunts que des alliés du régime n'ont jamais remboursés aux banques. "C'est un poids assez lourd sur le système bancaire", a-t-il dit, de l'ordre de 13,5% des portefeuilles.

Par contre, M. Nabli a affirmé que les proches du président déchu n'avaient plus d'influence économique : "Les 300-400 entreprises qui appartenaient à ce clan ont été confisquées".

"Bien sûr on ne peut pas dire que la corruption a disparu de Tunisie, ça prendra du temps, mais c'est un domaine sur lequel il y a beaucoup d'efforts qui se font", relève M. Nabli.

alf/Bsh/cnp

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