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Syrie: Kofi Annan demande l'aide de l'Iran pour résoudre le conflit

09/07/2012 05:07 EDT | Actualisé 07/09/2012 05:12 EDT

BEYROUTH - L'émissaire des Nations unies et de la Ligue arabe Kofi Annan a tenté lundi de sauver son plan de sortie de crise pour la Syrie en demandant l'aide de l'Iran, le plus fidèle allié politique et militaire du régime de Bachar Al-Assad.

Avant de prendre l'avion pour Téhéran, M. Annan a déclaré qu'il s'était entendu avec le leader syrien sur une nouvelle approche afin de stopper la violence qui, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), aurait fait plus de 17 000 morts depuis le début du conflit en mars 2011.

L'émissaire n'a pas donné de détails sur l'accord ou précisé le rôle qu'il aimerait voir jouer le gouvernement iranien dans la résolution de la crise. L'opposition syrienne refuse que l'Iran s'implique dans un processus de paix qui, d'après elle et plusieurs experts, a peu de chance de réussir.

«Kofi croit qu'il ne peut y avoir de transition et de solution politiques sans les Iraniens, mais cela fait partie d'une vision selon laquelle le régime et Al-Assad ferait aussi partie de la solution, une idée à laquelle plusieurs d'entre nous ont renoncé», a expliqué Salman Shaikh, le directeur du Brookings Doha Center à Washington et un analyste spécialisé en politique régionale.

Les États-Unis se sont opposés à la participation de l'Iran aux réunions sur la situation en Syrie.

Kofi Annan avait proposé un premier plan de sortie de crise plus tôt cette année mais sa mise en place a été compromise dès le départ.

Les forces du gouvernement et les rebelles ont largement ignoré un cessez-le-feu qui devait commencer en avril, et la montée de la violence a empêché près de 300 observateurs de l'ONU chargés de surveiller la trêve de sortir de leur hôtel.

Au terme d'une rencontre de deux heures avec le président Al-Assad lundi, M. Annan a révélé que les deux hommes étaient tombés d'accord sur une nouvelle approche pour mettre fin aux affrontements, que le diplomate présentera aux opposants du régime syrien.

«J'ai aussi insisté sur l'importance de poursuivre le dialogue politique, et le président a accepté», a-t-il indiqué.

L'émissaire s'est ensuite envolé pour Téhéran afin de discuter avec des représentants du gouvernement iranien. Selon l'agence de presse Fars, il devait rencontrer le ministre des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, et le responsable de la sécurité, Saeed Jalili.

La semaine dernière, Kofi Annan avait reconnu que les efforts diplomatiques pour ramener la paix en Syrie avaient échoué, et affirmé que l'Iran devait s'impliquer davantage dans les négociations.

Depuis que Bachar Al-Assad a succédé à son père, Hafez, à la tête du pays en 2000, il a approfondi les liens entre Damas et Téhéran sur le plan culturel, politique et économique.

L'Iran a aussi donné un coup de main à l'armée syrienne en lui fournissant des armes et des technologies de communication de pointe, et en lui envoyant ses meilleurs conseillers militaires.

Il est donc très peu probable que le gouvernement iranien appuie un changement de régime chez son allié.

«Inviter l'Iran à discuter de la meilleure transition vers une Syrie sans Al-Assad, c'est comme inviter un végétarien à un barbecue», a illustré Karim Sadjadpour, un spécialiste de l'Iran pour le Carnegie Endowment for International Peace.

Selon M. Sadjadpour, Téhéran abandonnera Bachar Al-Assad seulement si elle est certaine que son successeur lui sera aussi dévoué et qu'il la laissera passer par le territoire syrien pour continuer à armer les militants du Hezbollah au Liban.

«Ce n'est pas quelque chose que Kofi Annan peut offrir», a-t-il conclu.

Le soulèvement en Syrie s'est amorcé avec des manifestations pacifiques pour ensuite se muer en guerre civile ponctuée d'affrontements sanglants entre les rebelles et les troupes gouvernementales partout à travers le pays.

D'après l'OSDH, le conflit a coûté la vie à plus de 17 000 personnes, soit 11 900 civils, près de 900 déserteurs de l'armée et environ 4350 soldats. L'organisme basé en Grande-Bretagne tire ses statistiques d'un réseau d'observateurs locaux qui documentent les morts en parlant avec les témoins et le personnel médical, en plus de regarder des vidéos amateurs.

Lundi, la Russie, qui est le plus important fournisseur du régime de Bachar Al-Assad, a annoncé qu'elle ne signerait pas de nouveaux contrats d'armements avec la Syrie tant que la crise ne serait pas résolue, mais qu'elle honorerait les précédents.

Le président russe, Vladimir Poutine, a déclaré que Moscou soutenait toujours le processus de paix de M. Annan, ajoutant qu'Al-Assad et l'opposition devraient être «forcés» d'entamer des pourparlers.

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