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Epargnés par la crise, les kayaks "made in Portugal" règnent sur les JO

09/07/2012 05:08 EDT | Actualisé 07/09/2012 05:12 EDT

Grâce à l'audace de son fondateur, les canoë-kayaks Nelo dominent largement ce sport olympique depuis le bourg de Vila do Conde, dans le nord du Portugal, et restent à flot en dépit de la grave crise économique qui frappe ce pays.

Sur les quelque 200 embarcations qui disputeront cet été les courses en ligne de canoë-kayak des jeux Olympiques de Londres, les trois quarts porteront la marque Nelo, fournisseur officiel des JO depuis Athènes-2004 et vainqueur de vingt médailles il y a quatre ans à Pékin.

"C'est un chiffre difficile à battre, mais nous allons essayer", assure Manuel Ramos, qui a baptisé de son diminutif l'entreprise fondée en 1978, quand le Portugal n'avait aucune tradition de canotage et très peu de pratiquants.

"Les bateaux étrangers étaient trop chers, alors j'ai commencé à en faire pour moi, raconte le premier champion national de kayak qui, à 53 ans, en garde encore le physique. J'ai ensuite commencé à en vendre aux clubs portugais, puis je me suis lancé à l'international au début des années 1990".

Aujourd'hui, la société exporte vers une centaine de pays la quasi-totalité de sa production, qui doit atteindre cette année le record de 3.000 bateaux pour un chiffre d'affaires prévu d'environ 5 millions d'euros, soit une hausse de 25 à 30% par rapport à l'an dernier.

Dans le vacarme d'une vaste usine imprégnée d'odeur de peinture et de fibre de carbone, plus de 80 employés s'affairent sans relâche afin de livrer les dernières commandes pour les JO, comme le kayak du grand champion allemand Ronald Rauhe ou le canoë du Français Mathieu Goubel.

"Les jeux Olympiques représentent surtout un défi et la fierté de voir nos bateaux au plus haut du podium, mais nos ventes augmentent chaque année, avec ou sans Jeux", affirme André Santos, PDG de Nelo, 35 ans, même si son fondateur reste l'âme de l'entreprise et son élément le plus créatif.

Le secret de Nelo a été "son audace" face au "total endormissement de la concurrence" qui n'a pas su diversifier ses modèles et fournir des bateaux adaptés à chaque athlète, explique le jeune chef d'entreprise, ancien kayakiste de compétition, comme nombre de ses employés.

La crise que traverse le Portugal, sous assistance financière internationale depuis un an, est presque une aubaine pour Nelo, poursuit André Santos, car "le pays est devenu plus compétitif au niveau du prix, grâce au coût de la main d'oeuvre mais surtout grâce à la dépréciation de l'euro" qui permet d'exporter davantage vers les marchés américain et asiatique.

Tiré par Nelo, le canotage portugais s'est développé au plan sportif à partir de Vila do Conde, où sont nés des athlètes comme Leonel Ramalho, champion d'Europe en titre de marathon (30 km), discipline qui ne figure pas au programme olympique.

"Un jour Nelo m'a dit qu'il était temps que je gagne quelque chose et que je devais passer à l'usine pour qu'ils me construisent un bateau. Deux ans plus tard, me voici", se rappelle avec un sourire ce kayakiste de 29 ans après quelques coups de pagaie sur la rivière Mau, qui traverse Vila do Conde.

"Cela fait dix ans que Nelo domine le canotage mondial, donc bien sûr que nous en profitons", confirme Rui Fernandes, membre de l'encadrement de la délégation portugaise de canoë-kayak aux prochains Jeux.

"Nous aurons six athlètes à Londres et, surtout, ils ont des chances de remporter des médailles. C'était impensable il y a quelques années", se réjouit l'entraîneur, en visite à l'usine Nelo pour les derniers réglages.

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