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Enregistrements du tueur Merah: la chaîne de se justifie, familles scandalisées

09/07/2012 06:33 EDT | Actualisé 08/09/2012 05:12 EDT

La diffusion par une télévision française d'extraits de discussions entre le tueur Mohamed Merah et la police française qui l'assiégeait a suscité lundi la colère des famille des victimes, la chaîne se justifiant en mettant en avant leur rôle informatif.

TF1 a diffusé dimanche soir ces extraits où l'on entend expliquer ses crimes d'un ton posé ce Franco-Algérien de 23 ans, qui a abattu entre le 11 et le 19 mars à Toulouse et Montauban (sud-ouest) trois militaires d'origine maghrébine et quatre personnes de confession juive, dont trois enfants.

"On comprend parfaitement le choc et la violence pour les familles des victimes d'entendre la voix de celui qui a assassiné un des leurs", a expliqué la directrice de l'information du groupe TF1, Catherine Nayl. "Mais nous l'avons fait en conscience parfaite de ce que cela pouvait avoir comme valeur informative", poursuit-elle.

Ces extraits datés des 21 et 22 mars contenaient "des informations très importantes sur la façon dont les hommes du Raid (police d'élite) ont négocié" durant le siège de son appartement à Toulouse qui a duré 32 heures, a-t-elle justifié.

"Je pense que ce document prouve que jusqu'au bout (...), les négociateurs ont essayé d'arrêter Mohamed Merah, et de l'arrêter vivant" avant finalement qu'il ne soit abattu le 22 mars lors de l'assaut de l'appartement, a-t-elle poursuivi. "On comprend dans ce document aussi que Mohamed Merah, avec un sang-froid et une détermination absolue (...), s'est construit un personnage", ajoute-t-elle.

Dans ces enregistrements, Merah affirme être prêt à poursuivre dans sa folie meurtrière, assure être en liens avec Al-Qaïda et le grand banditisme, parle de ses voyages en Afghanistan et au Pakistan, et explique comment il a trompé la vigilance des services de renseignements qui le surveillaient.

A un agent de la Direction centrale des renseignements intérieurs (DCRI) rencontré au retour d'un de ses voyages au Pakistan, il dit: "Quand tu m'as convoqué, quand j'étais dans vos bureaux, j'étais en contact avec eux (les membres d'Al-Qaïda, ndlr), je les avais trouvés (...) Je crois que c'est une des plus grandes erreurs de ta carrière."

Merah explique également comment, ayant raté une cible, un autre militaire, il s'est attaqué à l'école juive Ozar Hatorah où il a abattu froidement trois enfants et leur professeur: "J'ai raté ma cible (...) et à partir de là j'ai repris le scooter et je suis passé comme ça. Ce n'était pas prémédité, enfin si, je comptais le faire, mais le matin en me réveillant c'était pas mon objectif."

Dans son édition datée de mardi, le quotidien Le Monde publie une retranscription des enregistrements.

Cette affaire avait provoqué une très vive émotion en France et mis en lumière les lacunes du contre-espionnage français, critiqué pour n'avoir pas pris au sérieux un jeune homme passé par l'Afghanistan et le Pakistan.

"Scandalisés", les proches des victimes de Mohamed Merah ont fait savoir par leurs avocats qu'ils allaient saisir la justice en urgence pour obtenir l'interdiction de diffusion de ces enregistrements.

"Les victimes sont scandalisées d'apprendre le contenu de ces négociations à la télévision. A ce rythme, ce sont les vidéos des tueries qui se retrouveront sur la toile et l'atteinte sera alors irrémédiable", a dit Me Samia Maktouf. Merah avait filmé ses crimes avec une caméra portable et ces vidéos ont été saisies par la justice.

"Entendre cet assassin plastronner est insupportable pour les familles", a réagi auprès de l'AFP le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) Richard Prasquier. Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a dès dimanche soir regretté qu'"aucune précaution (n'ait) été prise pour respecter les familles des victimes".

La justice a décidé d'ouvrir une enquête préliminaire pour violation du secret de l'instruction. Et la police des polices a été chargée de mener une enquête administrative et une enquête pénale.

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