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Tour de France - Le contre-la-montre, l'expérience intérieure

08/07/2012 08:39 EDT | Actualisé 07/09/2012 05:12 EDT

Le contre-la-montre, comme celui qui s'annonce lundi dans le Tour de France entre Arc-et-Senans et Besançon, est un exercice particulier dans le cyclisme, un effort en solitaire qui nécessite une grande connaissance de soi.

"Certains coureurs ont toujours besoin d'une cible pour passer un cap, aller plus vite. Moi, je suis performant quand je suis seul. J'aime ce moment-là. Pas parce que je suis quelqu'un de solitaire mais parce que j'aime gérer un effort long", affirme Sylvain Chavanel, qui a remporté fin juin son quatrième titre de champion de France (2005, 2006, 2008, 2012).

Rares sont les spécialistes de cet exercice. Au sommet de la hiérarchie, on trouve le Suisse Fabian Cancellara (champion du monde 2006, 2007, 2009, 2010, champion olympique 2008), l'Allemand Tony Martin (champion du monde en titre), le Britannique Bradley Wiggins...

"Le +chrono+, c'est quelque chose d'inné. On l'a ou on l'a pas", assène Jean-François Bernard, vainqueur de deux étapes contre-la-montre sur le Tour de France 1987. "Il y a d'abord des qualités physiques à avoir et ensuite aimer ça".

Dans le contre-la-montre, le coureur se retrouve seul, exposé aux éléments extérieurs sans aucune protection comme c'est le cas dans une course en ligne. On estime qu'un coureur seul produit en moyenne 30 à 40% d'effort en plus que s'il est abrité derrière un autre.

Il lui faut donc avant tout être en mesure de développer une grosse puissance sur une longue durée avec une bonne capacité respiratoire.

"Il ne faut jamais baisser de puissance. Il faut partir à 95% et terminer à 95%", explique Bernard Hinault, qui a remporté quinze contre-la-montre (hors prologue) dans le Tour.

"Il faut avoir une parfaite connaissance de son corps, savoir jusqu'où on peut aller: à la limite du +rouge+ sans être +dans le vert+, donc savoir se mettre dans +l'orange+", parfois bien mûr", sourit le quintuple vainqueur du Tour de France.

"Il faut un grand mental, confirme Chavanel. Il faut rester concentré tout le temps tout en donnant son maximum. Ca se travaille mais l'expérience compte beaucoup. Il faut apprendre à se gérer, à trouver ses pics de puissance. Aujourd'hui, on a des outils pour réussir, des capteurs de puissance..."

Avec les progrès scientifiques, nombreux sont ceux à chercher ce qui leur fera gagner quelques précieuses secondes.

L'Italien Francesco Moser fut le premier à utiliser des roues lenticulaires (roues pleines) en 1984. L'Américain Greg LeMond imposa le guidon de triathlète lors de sa victoire sur le Tour en 1989 (pour 8 secondes devant Laurent Fignon). Puis, ce furent les entraînements en soufflerie pour trouver la position la plus aérodynamique.

Mais là encore pas de règle absolue, chacun trouve sa position selon son gabarit et ses sensations. "Il faut rouler des heures pour trouver la bonne, une position qu'il faut pouvoir garder pendant au moins une heure", détaille Chavanel.

La différence peut surtout se faire sur la connaissance du parcours, que les coureurs les plus aguerris reconnaissent méticuleusement le matin.

"Il faut l'avoir enregistré, savoir que tel virage se passe à ce moment-là, que telle bouche d'égoût est à cet endroit-là, que les bandes blanches sont ici et là et s'adapter selon s'il pleut ou pas... Il faut le connaître par coeur", explique Jean-François Bernard.

"On fait l'enregistrement le matin, ajoute Hinault. Et quand il y a +Prêt, partez !+, on lance la vidéo et c'est parti."

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