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Crise au Mali: l'Afrique de l'Ouest met le Premier ministre sous pression

08/07/2012 11:33 EDT | Actualisé 07/09/2012 05:12 EDT

L'Afrique de l'Ouest a renforcé la pression sur le Premier ministre malien Cheick Modibo Diarra, sommé de former d'ici fin juillet un "gouvernement d'union nationale", jugeant qu'il y a urgence à remettre la transition sur les rails pour enfin affronter la crise au Nord.

Cela s'appelle une mise en demeure, et même un ultimatum: réunis samedi à Ouagadougou avec des représentants des "forces vives" maliennes, les chefs d'Etat du "groupe de contact" ont exigé un cabinet d'union le 31 juillet au plus tard, sans quoi le gouvernement ne sera plus reconnu et le pays sera suspendu des instances régionales.

Absent, le Premier ministre de transition Diarra était le premier visé par le président burkinabè Blaise Compaoré, médiateur de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), et cinq de ses homologues de la région, alors que le président malien intérimaire Dioncounda Traoré est depuis fin mai à Paris pour des soins après une violente agression.

"Ce que les chefs d'Etat reprochent à Diarra, c'est de ne pas avoir respecté les dispositions de l'accord-cadre" conclu le 6 avril entre la Cédéao et les putschistes du 22 mars à Bamako, prévoyant "un gouvernement d'union nationale de transition composé de personnalités consensuelles", explique à l'AFP une source proche de la médiation.

Aux derniers sommets régionaux, ils "ont demandé à Diarra d'ouvrir le gouvernement, mais jusque-là ce n'est pas fait", souligne-t-elle.

Et "les partis politiques, la société civile et les différents mouvements armés (occupant le nord du pays, ndlr) que nous avons rencontrés ne se reconnaissent pas dans le gouvernement actuel", indique le ministre burkinabè des Affaires étrangères Djibrill Bassolé.

Selon un diplomate africain, M. Diarra a "un problème de légitimité" auprès de la classe politique malienne parce qu'"il s'est entouré très rapidement de proches de l'ancien dictateur Moussa Traoré" (1968-1991), et aussi en raison de "ses rapports complexes avec la junte: le soir il est proche d'elle, et le matin il tente de prendre ses distances". "M. Diarra fait un double jeu avec la Cédéao", affirme-t-il.

Cependant, bien vu par l'ex-junte - dont un proche raille l'attitude de la Cédéao: "un pas en avant et deux en arrière" - l'astrophysicien de renommée mondiale bombardé Premier ministre en pleine tempête n'est pas un homme seul, et son positionnement a des adeptes.

"Le Malien est un homme fier, il ne faut pas l'oublier", avance un conseiller de M. Diarra, pour qui ce dernier "devient populaire parce qu'il refuse de répondre à une +invitation-convocation+" de la Cédéao.

Et le chef du gouvernement peut compter sur les organisations ayant soutenu le putsch, toujours vent debout contre les pays voisins. "La Cédéao veut imposer au peuple souverain du Mali un diktat", tonne Tidiane Tangara, membre du Mouvement patriotique du 22 mars (MP22, pro-putsch).

"En aucun cas la Cédéao ne cherche à se substituer au peuple malien", mais "le Mali ne peut régler seul des problèmes d'une telle ampleur", réplique Ally Coulibaly, ministre ivoirien de l'Intégration africaine, dont le pays dirige actuellement la Cédéao.

Pour lui, "il y a urgence" à renforcer la transition pour traiter la crise du Nord malien, occupé depuis fin mars par des groupes armés, rebelles touareg et surtout islamistes radicaux alliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), plus que jamais en position de force.

Le sommet de Ouagadougou a d'ailleurs "exhorté" le président malien à demander "sans délai" à la Cédéao et l'ONU l'envoi d'une force africaine au Mali pour aider à reconquérir la région, où la situation humanitaire s'aggrave chaque jour.

Une telle force, à laquelle le Conseil de sécurité des Nations unies n'a pas encore donné de mandat en l'absence de plan clair, aurait une première mission: protéger les institutions à Bamako et au premier chef Dioncounda Traoré, dont la Cédéao souhaite assurer le retour au plus vite. "C'est le personnage-clé de la transition", insiste un ministre de la région.

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